Principe de prudence

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La comptabilité est un monde complexe qui n'accepte pas l'à peu près. De nombreux principes et règles définissent la comptabilité, et l'une d'elles et non des moindres, est le principe de prudence. Cette notion comptable oblige les dirigeants à être extrêmement prudents vis à vis des comptes de l'entreprise. Les comptes de la société doivent refléter la santé financière réelle de l'entreprise, et ne pas masquer des éléments négatifs affectant le patrimoine de la société par exemple.

Défini par l'article 9 du Code du Commerce, le principe de prudence oblige ainsi le comptable à provisionner les créances dites douteuses, suivant leur niveau de risques. L'entreprise n'attendra pas que la créance soit définitivement perdue pour prendre en compte son impact financier. Ainsi la société n'attendra pas le dépôt de bilan de son client pour estimer que la créance n'a plus aucune chance d'être recouverte. Si les risques ne sont que partiels, alors la provision ne sera que partielle. Elle pourra atteindre 100% de la créance si les risques de non recouvrement sont élevés. Dans le cas où la créance est finalement recouvrée, l'entreprise procédera à une reprise de provisions. En provisionnant, le comptable diminue la valeur patrimoniale de l'entreprise. La provision viendra diminuer le bénéfice de l'entreprise.

En comptabilité, un produit ne doit être inscrit que si il a effectivement été réalisé. Point questions d'enregistrer un chiffre d'affaires probable. Pour la charge au contraire, elle devra être comptabilisée dès qu'elle est probable. Ainsi, le comptable devra provisionner les éventuels coûts d'un procès même si ce dernier n'est pas encore finalisé. Il en est de même pour les créances des clients dont on estime qu'ils auront du mal à rembourser leurs dettes. Ce principe de prudence est essentiel et permet de dissocier chaque exercice comptable pour qu'il soit le plus fidèle possible à la réalité, et au calendrier. Déclarer une créance comme irrécouvrable plusieurs années après sa probable irrécouvrabilité n'a pas de sens comptable. Durant toute cette période, le bilan de l'entreprise n'a pas reflété la réalité des choses.

Le principe de prudence fait parti des grands principes comptables au même titre que :
- le principe de sincérité,
- le principe de régularité,
- le principe de permanence des méthodes,
- le principe de non-compensation,
- le principe d'intangibilité du bilan d'ouverture,
- le principe de prudence,
- le principe des coûts historiques,
- le principe de continuité d’exploitation,
- le principe d'indépendance des exercices.

Ce principe de prudence permet aux investisseurs, mais aussi aux salariés, et aux fournisseurs de connaître la situation financière réelle de l'entreprise. Une charge non réalisée mais probable peut se chiffrer en milliards d'euros pour le bilan d'une entreprise. Prenons le cas d'une banque détentrice de plusieurs milliers de maisons individuelles. Suite à leurs saisies à cause d'une crise d'insolvabilité majeure des créanciers, la valeur réelle des maisons s'effondre. Elles ne sont pas vendues mais leur estimation actuelles est bien loin de leur enregistrement dans les livres de comptes. Cette charge potentielle et très élevée, devra être prise en compte, quelque soit le montant concerné. La perte attendue, avant même la vente des maisons, devra être intégrée dans les comptes de la banque au risque d'alourdir très sensiblement les charges et voir la banque tomber dans le rouge.

Le principe de prudence bien qu'essentiel en comptabilité peut ainsi provoquer des faillites en cascades à cause de créances non recouvrables et d'interconnexion entre les agents.