Macroéconomie


Tremblement de terre de Kobe de 1995 et son impact sur l'économie

Les catastrophes naturelles sont souvent imprévisibles, mais les gouvernants peuvent décider de limiter leurs impacts en imposant des normes plus ou moins strictes. Ainsi en élargissant les zones inondables et en interdisant aujourd'hui la construction de nouveaux bâtiments, l'impact des futures inondations n'en sera que réduit. Les tremblements de terre font partis de ces catastrophes dont on ne peut que limiter l'impact, mais dont en plus, on ne peut en rien limiter la survenance. Les forces en jeu sont bien plus que colossales que celles que pourraient mettre en oeuvre l'Homme.

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S'il y a bien un pays industrialisé parmi les plus touchés par les tremblements de terre, c'est sans nul doute le Japon. Cette île s'est construite ainsi, et aujourd'hui encore, le pays est secoué plusieurs fois par jour par les tremblements de terre plus ou moins importants. La catastrophe de Fukushima nous rappelle ainsi une catastrophe, vieille de désormais 20 ans, mais qui a bouleversé le Japon pendant plusieurs années, le tremblement de terre de Kobe.

Le Japon est une île très industrialisée mais où certaines zones géographiques sont plus concernées que d'autres par les séismes. Ainsi, en 1995, les autorités avaient mis le maximum des moyens sur Tokyo. C'est la ville dont on pensait que l'impact d'un tremblement serait le plus élevé. Kobe était ainsi un peu le parent pauvre de la protection parasismique, même une fois la catastrophe déclarée. Et pourtant... Kobe représente le 2ème pole économique du Japon, et son 2ème port. Près de 30% du trafic maritime du Japon se concentrait sur le port de Kobe. Kobe génère ainsi 20% du PIB du pays.

Mais le 17 janvier 1995, à 5h46 heure locale, un tremblement de terre d'une magnitude de 7,2 frappa la région. L'épicentre est situé sous le port de Kobe. Il est entièrement détruit, et avec lui, toute l'économie régionale. La secousse qui a duré une vingtaine de secondes a été suivie d'une quinzaine de répliques. De nombreux incendies provoquées par des ruptures de conduites de gaz ou des immeubles effondrés ont transformé la ville. Le bilan humain est catastrophique avec 6.437 morts et 43.792 blessés. La ville comptait 1,5 millions d'habitants.Plus de 300.000 personnes se retrouvent sans abri. Le tremblement de terre n'a en effet pas détruit que des bâtiments industriels mais aussi des logements. 100.000 ont été totalement détruits, et 100.000 autres endommagés, pour un total de 400.000 bâtiments détruits. Le bilan financier est abyssal avec 10.000 milliards de Yen (100 milliards de dollars), soit 2,5% du PIB du Japon. Cette catastrophe va aussi marquer les esprits des japonais qui pensaient leurs procédures très rigoureuses pour lutter contre les catastrophes naturelles. Au contraire, les équipes de secours mettent plus de 72 heures pour arriver sur les lieux, et les normes parasismiques sont sévèrement critiquées.

Les secours ne sont pas les seuls à n'avoir pas pris la mesure de la catastrophe. Ainsi, le jour de la catastrophe, le Nikkeï - indice référence de la Bourse de Tokyo - n'a perdu que 0,5%, 0,1% le 18 janvier, et 0,8% le 19. Sur une semaine, le Nikkeï n'abandonne que 2,5%. Seul le marché à terme d'Osaka est suspendu. Autant dire une misère pour un tremblement de terre qui a rasé le deuxième port japonais. La communauté financière attend le week-end suivant pour prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe. Les premiers chiffres tombent. Le coût estimé du tremblement est bien plus élevé qu'attendu. Le lundi 23 janvier 1995, le Nikkeï s'effondre et abandonne 5,6% et touche son plus bas niveau sur un an. La chute s'explique principalement par des désengagements des investisseurs étrangers.

Mais tous les secteurs économiques ne sont pas impactés de la même façon. Si le géant Matsushita est impacté fortement car son siège social se situe près de l'épicentre, d'autres entreprises profitent au contraire de cette catastrophe. La construction et le BTP sont privilégiés par les investisseurs. Ces derniers pensent que le plan de reconstruction attendu permettra à ces sociétés de générer d'importants bénéfices. Il en est de même pour Nippon Steel. Le sidérurgiste bénéficie des rumeurs de renforcement des normes parasismiques. Ces normes impliqueraient davantage d'acier par bâtiment. Les assurances, quant à elles, voient le tremblement de terre leur coûter plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Comme attendu, le gouvernement japonais met en place un fonds de reconstruction, et 13.000 milliards de Yen sont investis dans la région, soit 2,6% du PIB. Kobe retrouve une bonne part de ses capacités de production juste avant l'an 2000. Des pans entiers de l'économie japonaise profitent de cet afflux de liquidités destiné à reconstruire des logements et des infrastructures. Cette reconstruction dope même le PIB et la consommation au Japon. En 1996, la croissance du PIB affiche 2,6%, contre 1,9% en 1995, et la consommation grimpe de 2,2% en 1996. Aussi terrifiant que cela puisse être, il est possible de générer d'importantes plus-values à cause de ces catastrophes. D'autant plus quand la communauté financière ne prend pas suffisamment en compte les conséquences de la catastrophe.


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Mais le tremblement de terre a aussi eu des conséquences plus anecdotiques qui pourtant ont bouleversé le petit monde de la Finance en Europe. En effet, avant cette catastrophe, un certain Nick Leeson, avait pris des positions surdimensionnées sur les marchés dérivés en jouant la hausse du Nikkeï. Ces positions étaient telles que la légère baisse du 17 janvier impactait déjà son portefeuille. Il décide donc d'augmenter sa position en espérant inverser le marché. Malheureusement, le 23 janvier, la communauté financière a compris et Nick Leeson perd 1,3 milliards de dollars, et entraîne avec lui son employeur, la banque Baring's. Il poussa ainsi à la faillite de cette banque. Sa perte est toutefois à comparer au 7,26 milliards de dollars perdus par Jérôme Kerviel.

Une catastrophe naturelle, aussi horrible qu'elle soit, peut donc être étudiée avec attention pour profiter d'éventuelles opportunités d'investissements ou au contraire pour se désengager d'activités fortement impactées. Le tremblement de terre de Kobe est là pour nous le rappeler.