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Trading à Haute fréquence, de la pure spéculation

Investir en bourse est une pratique responsable qui permet aux entreprises d'accroître leurs fonds propres, et aux particuliers de placer leur épargne. Mais pour que la bourse puisse faciliter la mise en relation entre les sociétés et les investisseurs, il est nécessaire de favoriser une bonne liquidité des échanges. Qui participerait à une introduction en bourse ou à une augmentation de capital s'il n'était pas en mesure de pouvoir revendre ses titres sur le marché secondaire ? Le marché secondaire où les actions s'échangent entre investisseurs est donc indispensable. Mais jusqu'à quel point ce marché doit-il être contrôlé ?

Alors que la polémique du début du siècle portait sur les day traders qui achetaient et revendaient leurs titres dans la même journée, la polémique actuelle porterait plutôt sur des opérateurs qui agiraient sur les marchés à une fréquence de ... 1.000 ordres par seconde ! Après le day trading, le swing trading, le Trading Haute Fréquence ou THF (HFT en anglais pour High-frequency trading). Ce type de trading n'est bien évidemment pas le fait d'humains tant le nombre d'ordres transmis sur le marché est déconnecté des possibilités humaines. Le trading à haute fréquence est donc généré par des ordinateurs, des milliers d'ordinateurs. Les humains sont placés en amont du système. Ils développent les célèbres boites noires qui contrôlent le déclenchement des ordres. Les traders sont ainsi délaissés au profit des mathématiciens qui réalisent des algorithmes informatiques puissants permettant d'analyser le marché et de transmettre les ordres sur le marché en quelques millisecondes. Ces mathématiciens sont devenus si puissants qu'ils sont très recherchés par les banques qui leur offrent des ponts d'or pour créer l'algorithme gagnant.

Avant d'expliquer en profondeur le fonctionnement du trading haute fréquence, il faut savoir que ce dernier s'est imposé au fil des années comme le premier responsable d'ordres dans le monde. Ainsi, que ce soit en Amérique du Nord ou Europe, la très grande majorité des ordres transmis sur les marchés sont réalisés dans le cadre d'un THF. Cette omniprésence du THF est telle que certains gouvernements tentent de limiter leurs excès.

Le Trading Haute Fréquence est un système informatique basé sur des algorithmes de calculs destiné à investir sur les marchés et à générer de mini plus values sur un nombre énorme d'opérations. L'objectif n'est pas de réaliser des plus-values de 50% sur 10 ordres, mais de générer des plus-values de 0,01% sur des millions d'ordres. Le THF joue sur la quantité et les volumes. De part son principe, il se rapproche davantage d'un arbitragiste qui joue sur les anomalies de marchés, ces quelques micro écarts qui peuvent survenir même sur un marché quasi parfait.

Pour établir un THF de qualité, l'algorithme d'analyse du marché est indispensable. En effet, le THF analyse en totalité les carnets d'ordres des valeurs du marché. Les meilleures valeurs seront sélectionnées par le système et passeront ensuite dans le filtre de l'algorithme de passation d'ordres. Ces deux algorithmes (analyse et passation d'ordres) doivent être très rapides pour battre les autres THF des autres banques. Ainsi certains systèmes n'hésitent pas à domicilier leurs réseaux d'ordinateurs au plus près des serveurs des marchés financiers. Un THF se basant sur Euronext réagira plus vite si les ordinateurs du système sont situés près des serveurs d'Euronext. La moindre milliseconde compte.

Mais comment le THF permet de générer des plus-values ? Les moyens sont multiples. Certains méthodes sont totalement légales même si elles manquent d'éthique. D'autres sont contraires à la législation. Et d'autres encore n'ont que pour seul but de poser problème aux concurrents.

- la méthode la plus classique est de profiter des micro anomalies du marché en réagissant plus vite que les autres investisseurs. Ainsi le THF arrive à se placer entre les ordresdes traders classiques. Le système arrive à acquérir des titres un peu en dessous du prix d'achat de l'investisseur pour lui revendre au prix désiré, et tout cela grâce à une vitesse d'exécution démultipliée.

- les ordres flash ou flash order sont si rémunérateurs que bons nombres de THF les ont utilisé. Mais cette pratique est contraire à l'éthique à tel point qu'elle a été interdite par plusieurs marchés. Dans le cas où coexiste plusieurs plateformes de transactions électroniques, il y a toujours un décalage de quelques millisecondes entre l'arrivée de l'ordre sur la plateforme initiale et son arrivée sur les autres plateformes. Les THF utilisaient les informations de l'ordre pour générer des plus-values une fois qu'il apparaîtra sur les autres plateformes.

- le layering explique clairement pourquoi le THF repose sur un nombre d'ordres annulés supérieur au nombre d'ordres exécutés. En effet, la majorité des ordres transmis sur le marché est annulé avant d'être exécuté. Le layering consiste à placer des ordres d'achat de façon massive. L'arrivée de ces ordres attire les vrais investisseurs qui se placent alors sur le marché et transmettent des ordres d'achats, des vrais cette fois-ci. Automatiquement, le THF déclenche alors ses ordres de ventes afin d'absorber l'afflux de ces nouveaux investisseurs qui se rendent compte que les ordres d'achats n'avaient que pour objectif de les attirer. Ces derniers ont été annulés avant que les ordres de vente n'arrivent sur le marché. Le THF a donc permis de vendre un titre à un cours supérieur à sa valeur réelle de marché. Le spoofing fonctionne selon le même principe sauf qu'aucun ordre n'est exécuté. Le THF cherche alors uniquement à augmenter l'attrait des investisseurs pour le titre.

- en passant de nombreux ordres, le THF augmente naturellement la volatilité du titre concerné. La volatilité étant un facteur essentiel dans la valorisation des options liées au titre, les transactions sur le titre entraîneront naturellement une augmentation de la valeur des produits dérivés liés.

- le quote stuffing est plus sournois. Ici l'objectif n'est pas générer des plus-values mais uniquement de compliquer le travail des autres THF en multipliant les ordres transmis sur le marché et en les annulant avant qu'ils ne soient exécutés. Cela complique grandement la tâche des autres THF.

Mais ces pratiques ne sont pas sans risque autant pour les fonds les utilisant que pour le marché dans son ensemble. Ainsi un algorithme mal développé, et compte tenu des volumes concernés, peut entraîner de très lourdes pertes se chiffrant à plusieurs millions d'euros. Il est donc essentiel que l'algorithme inclue une gestion des risques pointue afin de limiter la perte maximale attendue. Mais le Trading à Haute Fréquence est aussi un risque non négligeable pour le marché dans son ensemble. Ainsi plusieurs affirment que le flash crash de 2010 qui a provoqué l'effondrement du Dow Jones pendant quelques minutes est du essentiellement à un algorithme de THF. Ce dernier aurait transmis des ordres sur le marché de façon incontrôlée et n'aurait pu être arrêté assez tôt. Ces ordres auraient entraîné d'autres ordres automatiques et auraient provoqué la chute de plus de 400 points de l'indice Dow Jones Industrial Average en quelques minutes. Plus récemment, Knight Capital qui utilisait l'une de ces fameuses boites noires, a perdu 440 millions de dollars début août 2012. La société a mis plus d'une demi heure pour arrêter l'ensemble du système. Mais ce nouveau problème a refroidi plusieurs banques, car le système utilisé par Knight Capital était jugé comme l'un des plus fiables du marché.


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Politiquement, le Trading à Haute Fréquence est aussi très mal perçu tant il n'a pas d'intérêt propre. Il représente la spéculation à l'état pur, bien loin de l'investisseur traditionnel. Le gouvernement Ayrault en France a donc décidé de prendre des mesures afin de limiter de telles dérives en France. Ainsi, seront taxés au titre d'un THF, les systèmes réalisant des ordres en moins d'une demi seconde, et les ordres annulés qui représenteraient plus de 80% des ordres transmis sur le marché. Un décret du 7 août 2012 taxera ainsi à 0,01% ces opérations si elles ont lieu sur les 109 entreprises françaises réalisant plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires et cotés à la Bourse de Paris. Cette taxation se devra d'être généralisée au niveau européen pour être réellement dissuasive. En effet, les systèmes de THF se contenteront de cibler d'autres sociétés ou d'autres marchés. Mais la taxation est une bonne façon de limiter ce genre de pratiques. En effet, le THF se basant sur de micro plus-values, la moindre taxation risque de la transformer en micro moins value. Il en est de même pour les frais de courtage qui doivent être plus que limités pour que les opérations soient rentables.

Le Trading à Haute Fréquence est l'un des symboles des excès des marchés financiers. S'il développe certes la liquidité, les dérives possibles sont si élevés qu'elles peuvent mettre en péril un marché dans son ensemble. Il est alors compréhensible que certains politiques, mais aussi financiers, souhaitent voir disparaître ce genre de pratiques.