Métiers de la Finance


Trader, un métier à envier ?

Trader, broker, opérateur de marché... Tous ces termes en font rêver certains. D’autres au contraire n’y voient que les symboles des excès du capitalisme. Mais parmi les plus férus de finance, qui ne s'est jamais imaginé dans la peau de Bud Fox ou de Gordon Gekko(*) "spéculant" avec des millions de dollars ? Le film Wall Street fut un révélateur pour nombres d’étudiants, au même titre qu’aujourd’hui Jérôme Kerviel suscite des vocations. Le trader est un personnage clé dans les institutions financières, mais le rôle du trader débutant est souvent moins envoûtant que ce que laisse à penser l'imaginaire populaire. Encensé dans les périodes d'euphorie boursière par ses performances hors du commun, il est mis sur le bûcher en temps de crise financière. La crise de 2008 ne l'a pas épargné, et les bonus parfois jugés indécents perçus par les traders, alors que leurs opérations sont symptomatiques de la crise, en ont choqué plus d'un. Du simple particulier, au politicien en passant par l'économiste, il n'y a pas un moment où le trader et ce qu'il représente n'a pas été détesté. Un métier haï mais qui fascine toujours autant.

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Le rôle du trader est relativement simple. Il agit directement sur les marchés financiers. Le trader peut travailler soit pour le compte de la société pour laquelle il travaille (banque, sociétés d'investissement, société de bourse), soit pour le compte de clients qui peuvent être des particuliers, des sociétés ou des investisseurs institutionnels. Il est alors le lien entre l'investisseur et le marché. Mais le trader peut aussi agir pour son compte propre en tant qu’indépendant.

Sommaire

  • Le rôle du trader
  • Où investi le trader ?
  • Le trader particulier
  • Journée type d’un trader
  • Obtenir un stage dans le trading
  • Comment devenir trader ?

    Le rôle du trader


    Le trader a pour fonction d'opérer sur les marchés financiers, et de transmettre les ordres boursiers. Toutefois, quand ils travaillent pour le compte de clients, ces derniers ne le contactent pas directement. Le client donne son ordre au salesman (commercial) qui essayera d'orienter le client vers tel ou tel investissement. La banque peut avoir tout intérêt à proposer à son client des produits spécifiques ou des introductions de titres qu'elle promeut. Une fois l'ordre fixé par le client, le salesman le transmettra à son trader qui lui, l'exécutera selon les modalités les plus adaptées aux conditions du marché. Ainsi le trader ne transmettra pas l’ordre comme un simple automate, il testera le marché, l’évaluera, et après, il choisira le meilleur moment pour passer l’ordre sur le marché. Il n’hésitera pas à découper l’ordre pour obtenir les meilleures conditions tarifaires pour son client. Ainsi, pour un ordre d’achat de 5.000 titres, le trader pourra étaler la transaction tout au long de la journée. Un ordre de 5.000 titres pourrait en effet déstabiliser le marché alors que plusieurs ordres de quelques centaines de titres amélioreront les conditions tarifaires pour le client.

    Le rôle du trader ne se borne toutefois pas à attendre le coup de fil des salesmen. Il peut, et doit, agir en amont et prévoir ce que souhaiteront les clients. Ainsi il pourra acheter des titres dans l'attente que les salesmen arrivent à les vendre aux clients. Il se protège le plus souvent par des instruments de couverture. Afin d'éviter une trop grande prise de risque, les traders sont suivis de très près par le back office de la banque. La position globale de leur compte, ou encore le montant de leurs ordres sont suivis au fil de l'eau, et des systèmes informatiques automatiques peuvent bloquer certains ordres. La totalité de leurs conversations téléphoniques est d'ailleurs enregistrée.

    Le trader intervient donc entre le salesman qui s'occupe de la "vente" aux clients et le responsable back-office qui gère en pratique l'exécution de l'ordre et la gestion des titres par la suite. Sa marge de manœuvre est celle que lui laisse son donneur d'ordres, qu'il s'agisse du client ou de son employeur.

    Mais le trader n'agit pas uniquement pour le compte d'un client. Il peut aussi réaliser des opérations pour la banque elle-même. Ces traders sont parmi les plus rémunérés des traders. Il s’agit du proprietary trading ou trading pour compte propres. Les traders se voient confier des liquidités qu’ils devront investir au mieux pour obtenir les performances les plus élevées, dans un cadre de risques prédéfinis. L'activité Salle de Marchés des banques est ainsi devenue au fil des années une des activités les plus rentables pour le secteur bancaire, mais aussi une des plus risquées. Pendant plusieurs années, en masquant ses pertes, Nick Leeson a ainsi généré l’essentiel des bénéfices de la Barings, une institution plus que centenaire. Toutefois, une maîtrise des risques insuffisante et l'activité classique de dépôts peut se retrouver en péril à cause de l'activité de trading. Ceci explique en grande partie la volonté politique de scinder les deux activités. Le sauvetage des banques par les Etats a en effet été contraint par un risque trop élevé dans les activités de marchés.

    Où investi le trader ?


    Dans l’imaginaire collectif, le trader achète et vend des actions à tour de bras, jusqu’à risquer la faillite des entreprises, si profit il peut y avoir. En pratique, les traders n’investissent que peu sur les actions. Leurs secteurs d’activité sont bien plus vastes. Ainsi un trader pourra spéculer sur le marché des taux, des devises, ou encore sur les matières premières et les obligations. Tout ce qui se négocie, peut l’être par un trader. Ils spéculent certes sur les plus fortes valeurs cotées sur les marchés, mais leurs décisions impactent davantage les autres marchés. Ainsi, plusieurs traders agissant dans le même sens, pour le compte de grandes institutions financières peuvent influencer directement une devise, et ainsi impacter l’économie d’un pays. Prosaïquement, il y a plus d’argent à faire dans le monde des devises que dans le domaine des actions. Les traders y sont donc plus nombreux.
    Des compétences spécifiques peuvent être ainsi exigées selon le marché sur lequel le trader intervient. Un spécialiste des devises devra comprendre rapidement l’impact de telles données économiques d’un pays d’Amérique Latine sur le dollar et un trader sur pétrole devra savoir si un cyclone dans le Golfe du Mexique jouera durablement sur les cours du Brent. Autant d’éléments qui font que chaque trader est spécialisé dans un domaine, même s’il n’est pas interdit à un trader sur pétrole de travailler dans le domaine des taux.

    Le trader particulier


    Il est d’usage aussi de qualifier de trader le particulier qui spécule de chez lui. Il ne s’agit bien sur pas d’un trader professionnel disposant des mêmes outils, mais un particulier peut tout aussi bien suivre les mêmes codes qu’un professionnel. Le trader particulier pourra passer des heures à suivre le marché et tout autant à s’informer. Il peut même avoir arrêté son travail pour se consacrer à 100% à son activité de trading. Beaucoup de particuliers ont ainsi, au gré des booms boursiers, décidé de se lancer avec plus ou moins de succès. Le stress engendré par ce genre d’activités, accentué par le fait que l’argent gagné ou perdu influencera directement le niveau de vie du trader, n’est pas forcément compatible avec une vie familiale. Un trader particulier se devra donc de séparer très clairement ses activités de trading de sa vie personnelle et familiale. Il devra aussi se constituer un matelas de liquidités suffisant pour spéculer, et ainsi ne pas remettre en cause toute sa stratégie dès la première perte. De plus, un capital minimum est indispensable afin d’obtenir des revenus suffisants. Même en spéculant et en obtenant une rentabilité excellente, sachez que vos plus values devront à la fois financer vos besoins personnels sans que le capital ne diminue. Autrement dit, le capital doit rester au minimum stable d’une année sur l’autre même s’il est préférable qu’il grossisse chaque année.

    L’activité de trading pour un particulier est donc une activité qui doit être mûrement réfléchie. Il ne faut surtout pas se lancer sur un coup de tête ni même après un an d’opérations spéculatives plus ou moins concluantes.

    Journée type d’un trader


    Un trader professionnel, même s’il ne dort pas à son bureau, travaille de très longues heures, et cela débute dès le matin. Son bureau se situe dans les plus grandes villes dans le monde, souvent dans une capitale. Ainsi, les traders sont concentrés à Paris, Londres ou encore Berlin. L’informatisation des marchés n’a pas décentralisé l’activité, et les salles de marchés se sont au contraire davantage rapprochées des serveurs informatiques des principales places boursières. Le Trading à haute fréquence réalisé par des robots implique ainsi une très grande proximité physique avec les serveurs de la place boursière visée. En allumant ses écrans, le trader s’informe ainsi des dernières actualités des marchés asiatiques notamment. Il a souvent pu suivre la clôture de Wall Street, et consulte donc la clôture à Tokyo, Singapour et autres marchés asiatiques. Ces marchés sont totalement déconnectés du marché européen, mais certains faits peuvent influencer grandement les indices boursiers. Tout au long de la journée, le trader exécute les ordres de ses clients. L’ouverture de Wall Street est un moment clé dans la journée boursière en Europe. Une ouverture en baisse, et les marchés européens peuvent plonger dans le rouge.

    Obtenir un stage dans le trading


    Etudiant en mastères ou en école de commerce, l’obtention d’un stage est un passage obligé pour valider votre diplôme. Obtenir un stage dans le secteur du trading est très complexe. Les stages sont très rares et réservés aux meilleurs étudiants. Les relations sont aussi un bon moyen pour obtenir un stage recherché. Mais si le Saint Graal de Trader Junior n’est pas atteint, plusieurs pistes sont envisageables pour un étudiant. Vous pouvez ainsi vous rapprocher de stages plus classiques dans le front office, ou même de vous tourner vers le back office pour mieux comprendre les rouages derrière le métier de trader.
    Le trader est un personnage très informé et sa capacité d’analyses est reconnue. Postuler pour des stages en presse spécialisée vous aidera par la suite à décrypter rapidement l’information financière et économique, et ainsi réagir rapidement aux nouvelles du marché. Dans tous les cas, et si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à postuler à l’international. Obtenir un stage à l’étranger dans une filiale d’un grand groupe français par exemple saura doper la valeur de votre CV pour un futur recruteur.
    Les horaires d’un trader professionnel sont plus qu’élargis. Ne vous attendez pas en tant que stagiaire à respecter les 35 heures.

    Comment devenir trader ?


    Si vous souhaitez devenir trader, il ne vous suffira pas d'être motivé. Un trader, de par la réactivité dont il doit faire preuve, doit traiter l'information excessivement rapidement. Il doit donc connaître les influences financières et économiques d’événements (annonce de résultats, liquidation judiciaire d'une entreprise, niveau de masse monétaire...). La plupart des traders possède donc le plus souvent un Mastère II, un diplôme d'écoles de commerce ou d'ingénieurs type X-Mines, et Centrale. Une spécialisation en MBA n'est plus rare et fait désormais parti du bagage quasi obligatoire du trader. Il sera très difficile voire impossible pour un self made man de s'intégrer à une équipe de traders professionnels. Les dérives du trader Jérôme Kerviel qui n'avaient pas suivi la filière classique, n'ont en rien facilité l'accès au métier de trader à d'autres formations. Mais la seule formation ne suffira pas. Suite à la crise de 2008, les salles de marché n’embauchent plus en masse, et elles sélectionnent encore plus finement leurs futurs traders.

    Outre sa formation, le trader doit avoir des qualités psychologiques importantes. Il ne faut pas que la tête lui tourne quand il passe des ordres de plusieurs millions. Le sang froid est une des grandes qualités du trader. Toutefois, il devra aussi rester les pieds sur terre. Certains traders oublient toute notion de l'argent, d'autant plus que l'argent ne leur appartient pas, qu'il ne le voit jamais physiquement, et qu'il ne s'agit que de quelques lignes informatiques sur un ordinateur. Pour l’aider, les positions du trader sont limitées dans des seuils fixés par son employeur. Ainsi chaque trader ne peut logiquement prendre des positions démesurées.


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    Ce métier très stressant est rémunéré de 2.000€ à 3.500€ par mois pour un trader junior avec des primes liées aux résultats, qui peuvent faire s'envoler les salaires. L'expérience se paye cash avec des salaires annuels à 6 chiffres (hors primes) pour des traders de plus de 5 ans d'expérience. Les traders pour compte propre sont les plus favorisés. Ils agissent pour le compte de leur banque et non pour le compte des clients de leur employeur. Ils ont ainsi une plus grande marge de manœuvre et davantage de fonds pour spéculer. Ses rémunérations peuvent alors se chiffrer en millions d’euros. Les rémunérations des traders sont plus que décriées par le grand public. Ils restent donc de plus en plus discrets sur leur rémunération individuelle reçue. Au sein même d'une équipe de trading, la rémunération est un sujet tabou.

    En acceptant une perte de salaire mais une vie moins stressante, le trader pourra s'orienter par la suite dans d'autres départements financiers. Il pourra ainsi prendre la direction d’une équipe de trading ou se tourner vers l’analyse financière, ou même le back office. Il pourra aider à améliorer les outils visant à réduire les risques.

    Le trader est un individu à part dans le monde de la finance. Il est souvent mis sous les feux des projecteurs. Le stress aidant, la carrière d'un trader est relativement courte mais sa rémunération en est que plus intéressante. Elle peut être un excellente point de départ pour une longue carrière dans le monde de la finance.

    (*) Bud Fox et Gordon Gekko sont les deux héros du célèbre film avec Michael Douglas, Wall Street