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Affaire Adidas et l'exercice du nantissement

Adidas aurait pu être la plus belle affaire de l’homme d’affaires français, Bernard Tapie, mais le rêve se transformera vite en cauchemar procédurier. Le 7 juillet 1990, Bernard Tapie, par l’intermédiaire de sa société BTF, Bernard Tapie Finance, acquiert un joyau du sport européen, Adidas. La société est en piteuse état. Le groupe ne peut plus supporter la concurrence de Nike ou Reebok qui ont des coûts de production bien moindres. Adidas fabrique encore l’essentiel de ces produits en Europe alors que ses concurrents ont délocalisé en Asie. La fin des années 90 est une période difficile pour la famille Dassler. Adolf Dassler fonde Adidas en 1948. Son fils Horst Dassler reprendra les rênes dans les années 60. Malheureusement celui-ci décède en 1987, et ses héritiers ne peuvent diriger l’entreprise. Ils décident alors de vendre.


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Bernard Tapie est alors reconnu pour ses talents de redresseurs d’entreprises (Testut, La Vie Claire, Look, Terraillon, …). Il obtient ainsi pour quelques 244 milliards d’euros (1,6 milliard d’euros) 80% du groupe Adidas. 15% sont conservés par le groupe Metro et 5% par les héritiers Dassler. Une somme jugée faible mais dans un contexte où le groupe est en pleine déconfiture et a besoin d’une importante restructuration. Oui mais voila, Bernard Tapie ne dispose pas d’une telle somme. Il se voit donc contraint d’emprunter la totalité des 244 millions pour financer l’opération. Un pool bancaire est mis en place dont la SDBO, banque historique de Bernard Tapie et filiale du Crédit Lyonnais, est chef de file. Cette dernière n’apportera qu’un tiers de la somme. Dans ce type d’opération qui s’apparentent à un LBO, le principal de la dette doit être remboursé à court terme et le solde à moyen terme. Ici la totalité des 244 millions devaient être remboursés à court terme. Autrement dit, Bernard Tapie doit avoir remboursé la totalité de l’emprunt en seulement deux ans. 600 millions de francs en 1991 et 1 milliard en 1992. Bernard Tapie a d’ailleurs déclaré qu’il pensait pouvoir transformer le prêt en prêt à moyen terme une fois la première échéance remboursée. Ce ne fut pas le cas.


Quelle est l'origine du nantissement ?

En contrepartie de cet emprunt, le syndicat bancaire demande un nantissement sur les titres Adidas détenus par BTF. C’est une procédure logique. Le pool bancaire se garanti d’un éventuel défaut de paiement. Si BTF n’est pas en mesure d’assurer ses échéances, le pool bancaire pourra recevoir les actions d’Adidas détenues par BTF. Ce nantissement non exercé est un élément important de troubles dans le dossier Adidas / Bernard Tapie. En effet, pourquoi le Crédit Lyonnais a-t-il cherché à vendre Adidas pour le compte de Bernard Tapie alors que son groupe était en proie à une grave crise financière selon le Crédit Lyonnais ? Pourquoi le Crédit Lyonnais n’a-t-il pas exercé le nantissement qu’il détenait sur les titres Adidas ? Réponses des intéressés : Bernard Tapie bénéficiait de soutien –il était à l’époque Ministre -. Il était en effet difficilement inconcevable qu’un ministre voit son empire financier mis en liquidation judiciaire.


Pourquoi le nantissement n'a pas été demandé ?


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Bernard Tapie a une vision très différente de la chose –vision partagée par bons nombres de juridictions-. Selon lui, la SDBO n’a pas fait fonctionner le nantissement car celui-ci se serait transformé en dépôt de bilan immédiat pour le groupe BTF, et par extension Adidas. En effet, une banque ne peut réclamer un nantissement que si les modalités du prêt n’ont pas été respectées, autrement dit que les échéances n’aient pas été versées aux créanciers. Si les échéances n’ont pas été versées, le groupe doit donc tout logiquement déposer son bilan. C’est une obligation légale. Si une entreprise ne peut faire face à ses crédits, elle doit déposer son bilan auprès du Tribunal de Commerce afin de solutionner au plus vite le problème de trésorerie et d’éviter ainsi de voir la situation s’enliser. Un mandataire aurait donc été désigné pour gérer l’affaire et trouver un repreneur. Le Crédit Lyonnais ne semblait pas disposer, selon Bernard Tapie, à voir disparaître Adidas de leur sphère de compétence. Certes les prêts auraient été remboursés par la vente des titres Adidas mais les sommes récoltées auraient été bien moindres que celles obtenues grâce au portage. Le Crédit Lyonnais a perçu plus d’un milliard de francs de plus-values grâce au portage organisé en 1993.


A ce jour, et suite à plusieurs revirements, l'Affaire Tapie / Crédit Lyonnais continuent d'alimenter la gazette judiciaire. A n'en point douter, il se passera encore pas mal d'années avant qu'une décision ferme et acceptée de tous, soit validée.