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Pourquoi distribuer des dividendes ?

Monde de l'entreprise

Les dividendes sont devenus un sujet récurrent des grands médias depuis l'annonce de plans sociaux à répétition. Les journalistes, les politiques, les syndicats, les salariés s'étonnent fréquemment des dividendes versés aux actionnaires par les entreprises, alors que ces dernières peuvent être en proie à des difficultés financières. Les sociétés les plus honnies par le grand public sont sans doute celles qui versent des dividendes en 2011 pour licencier en 2012. Il faut d'abord rappeler ce qu'est un dividende. Il ne s'agit ni plus ni moins que d'une part des résultats de l'année passée redistribué aux actionnaires. Chaque actionnaire a un instant t recevra le même montant de dividende par action. Que vous vous appeliez Bernard Arnault ou Jean Claude Michu, avec une action LVMH, vous recevrez le même dividende.

Toutefois, cette rémunération reste faible. Certes le dividende peut représenter 50-60% des bénéfices réalisés, selon l'entreprise, mais rapporté à la valeur de l'action, il n'est que de quelques pourcents. Le dividende peut même être jugé symbolique pour certaines valeurs de croissance. L'essentiel de la rémunération des actionnaires est alors réalisé via la plus-value, et non via les dividendes.

Mais pourquoi donc alors continuer à verser des dividendes si ces derniers sont aussi mal perçus et s'ils ne représentent qu'une très faible part de la rémunération des actionnaires ?

Sommaire

  1. Rémunérer l'actionnaire à long terme
  2. Contraindre les entreprises à réussir
  3. Un revenu lié aux performances de l'entreprise
  4. Le choix d'investir
  5. Une activité favorable aux dividendes
  6. Une obligation fiscale ?
  7. Un message positif
  8. Redistribuer des liquidités excessives
  9. Une société en mutation


Rémunérer l'actionnaire à long terme


Pour gagner de l'argent en bourse avec les actions, il n'y a que deux possibilités, deux types de revenus possibles. Soit vous achetez des actions, et vous les revendez plus chères. Vous générez alors une plus-value. Mais pour se faire, vous devez acheter, puis vendre. Si vous ne souhaitez pas vendre vos titres, comment générer un revenu ? Le deuxième type de revenus proposés par les actions, est le dividende. En détenant une action, vous détenez certes une part du capital de l'entreprise, mais également un droit à dividende. Ce dividende représente une part des bénéfices que verse l'entreprise à ses actionnaires. La société n'est en rien obligée de verser un dividende, mais pour les actionnaires à long terme, le dividende peut être le seul revenu possible lié à la détention d'actions. Un actionnaire du type de Bernard Arnault n'achète pas et ne vend pas constamment de titres LVMH pour générer des plus-values. Il reçoit de façon annuelle des dividendes sur les titres qu'il détient. Le nombre d'actions détenues explique le montant de ses dividendes qui se chiffrent en millions d'euros. Mais dans l'absolu, pour une même action, le simple particulier recevra le même dividende que le plus fortuné.

Le dividende est donc le seul moyen pour l'entreprise de rémunérer l'actionnaire à long terme, et ainsi de le fidéliser. Un actionnaire qui ne percevra pas de dividende, aura tendance à privilégier la plus-value, et ainsi à être moins fidèle à l'entreprise dans laquelle il a investi.

Contraindre les entreprises à réussir


Les sociétés sont constamment conduites à s'améliorer, à réaliser des efforts de productivité. Tous ces efforts s'expliquent en grande partie par la concurrence que se livrent les entreprises entre elles, et par les demandes des clients qui exigent des prix toujours plus bas. Mais cette course permanente n'est pas une chose mauvaise par nature. La recherche du gain de productivité peut conduire les entreprises à davantage d'innovations, à trouver de nouvelles solutions pour des problèmes anciens. En s'obligeant à verser une part de leurs bénéfices à leurs actionnaires, certaines entreprises se rajoutent une nouvelle contrainte afin de développer un peu plus leur capacité d'innovation.

Toutefois, le poids des actionnaires dans une entreprise peut influer grandement sur la stratégie de cette dernière. Ainsi, il n'est plus rare de croiser des dirigeants qui pensent avant tout aux souhaits des actionnaires en privilégiant le profit à court terme, plutôt que l'innovation et la rentabilité à long terme. Cette recherche du profit maximum est ainsi mal perçue par le grand public alors qu'elle pourrait être vecteur d'innovations majeures.

Un revenu lié aux performances de l'entreprise


Le dividende ne s'intéresse pas aux évolutions des marchés boursiers. Que les marchés soient à la hausse ou à la baisse, le dividende se base avant tout sur les performances économiques de l'entreprise. Ainsi, une société injustement dévalorisée en bourse, peut distribuer de très importants dividendes eu égard à la valeur de l'action. Estimons que le marché boursier s'effondre dans son ensemble de 50%, alors que dans le même temps l'entreprise multiplie les bons chiffres et annonce un bénéfice en hausse de 100%. La société pourrait donc distribuer un dividende en très forte hausse alors que le cours de bourse s'est effondré. En effet, le cours de bourse n'est que partiellement corrélé à la santé financière de l'entreprise, et un titre peut chuter alors que la société se porte très bien.

Dans notre exemple, le rendement de l'action (dividende / cours de l'action) quadruplera pour le plus grand bonheur des actionnaires qui se seront positionnés sur la valeur. L'actionnaire historique continuera donc de recevoir des revenus en hausse, alors même que l'action est en baisse.

Le choix d'investir


La société pourrait décider de ne distribuer aucun dividende. Elle conserverait donc la totalité du bénéfice et des réserves. Les actionnaires devraient alors lui faire entièrement confiance pour investir au mieux ces dividendes non distribués. En pratique, la meilleure façon pour une entreprise de montrer qu'elle a confiance en elle est de distribuer une large part de dividendes, en espérant que les actionnaires réinvestiront ces dividendes dans leurs propres actions. Ainsi, le choix d'investir aura été pris en toute conscience par l'actionnaire et non par l'entreprise.

Pour faciliter ce réinvestissement, l'entreprise peut proposer en remplacement du dividende classique, un dividende par action. Ainsi l'actionnaire ne perçoit pas de liquidités mais de nouvelles actions. Il continue à avoir confiance en l'entreprise, et ne souhaite pas investir ailleurs. Mais beaucoup d'actionnaires aiment à avoir le choix final, et choisir eux même s'ils souhaitent réinvestir ou utiliser le montant des dividendes pour d'autres besoins.

Une activité favorable aux dividendes


Certains secteurs d'activités cumulent à la fois des revenus réguliers et importants, et des investissements. C'est notamment le cas des sociétés foncières, comme les gestionnaires de parkings. Les dépenses sont limitées, et les résultats mécaniquement importants. Ainsi, si l'entreprise ne cherche pas à se développer mais plutôt à gérer son patrimoine, elle n'a pas intérêt à conserver en son sein l'essentiel des bénéfices. De fait, les dividendes des sociétés foncières peuvent être très élevés. Les investisseurs désireux de recevoir de revenus réguliers de leur portefeuille Actions n'hésiteront pas à acquérir plusieurs titres de foncières afin de percevoir les forts dividendes. En contrepartie, ils ne rechercheront pas la plus-value sur ces titres.

Une obligation fiscale ?


Le législateur, toujours soucieux de développer une imposition plus juste, a également créé une obligation fiscale à destination de plusieurs types d'entreprises. Ainsi, une SIIC ou Société d’Investissement Immobilier Cotée, se doit de redistribuer une très large part de ses bénéfices à ses actionnaires afin de continuer à bénéficier de son régime fiscal favorable. Exonérées d'impôts sur les sociétés, les bénéfices des SIIC se retrouvent donc imposés au niveau de leurs actionnaires. Ainsi, une SIIC qui ne distribuerait pas 85% des résultats liés aux loyers perçus (ou 50% des résultats liés aux cessions immobilières) se verraient imposées à l'IS. Il va de soi que les SIIC n'hésitent alors pas à distribuer largement leurs bénéfices à leurs actionnaires.

Un message positif


Un dividende en hausse, un dividende après plusieurs années sans, un dividende stable dans un environnement économique perturbé sont autant de signaux positifs envoyés à l'investisseur. Pour celui-ci, si l'entreprise distribue un dividende en hausse par exemple, cela signifie qu'elle a confiance en son avenir, voire que les premiers chiffres de l'année en cours sont très bons. Les dividendes étant annoncés au mois d'avril-mai, l'entreprise connaît déjà les résultats du premier trimestre et a une bonne vision de l'exercice en cours. En distribuant des liquidités, l'entreprise envoie le message qu'elle n'a pas de difficultés financières à court terme. Les liquidités qu'elle distribue ne lui feront pas défaut dans les semaines et mois à venir.

L'annonce d'un dividende en hausse peut ainsi se traduire mécaniquement par une hausse du titre en bourse. Les investisseurs ravis de cette hausse, jugeront la société en meilleure santé, et se positionneront plus facilement sur le titre. Attention toutefois. Si l'entreprise a distribué un dividende jugé trop élevé après coup, les actionnaires n'hésiteront pas à sanctionner le titre et l'équipe dirigeante.

Redistribuer des liquidités excessives


Le dividende permet de distribuer une partie des bénéfices réalisés l'année précédente, mais pas que. En effet, l'entreprise a la possibilité de distribuer un dividende dit exceptionnel. Ce dividende déborde bien au delà du simple bénéfice annuel et peut représenter une grande part de la valeur de l'action à un instant t. Dans certaines circonstances, la société peut se retrouver en excès de liquidités. Les liquidités sont telles qu'aucun projet à court ou moyen terme ne sera en mesure d'absorber ce surplus. Une société industrielle ou de services doit se concentrer sur son activité première, son coeur de métier. Et son métier n'est pas de placer des liquidités sur des comptes à terme.

L'entreprise peut donc être amené volontairement ou de façon plus contrainte de distribuer un dividende exceptionnel lié à cet excès de liquidités. Celui-ci peut provenir de la cession d'une branche d'activités importantes, de bénéfices récurrents depuis plusieurs années, ou encore du versement d'une très grosse indemnité d'assurances. Tout est envisageable. Mais plusieurs fonds se sont fait une spécialité de repérer les entreprises disposant de larges trésoreries, de prendre une part minoritaire du capital et d'exiger de la direction le versement d'un dividende exceptionnel. Les actionnaires recevront ainsi une somme qu'ils pourront investir à leur guise, et l'entreprise pourra se concentrer sur son corps de métier. D'un point de vue financier, elle deviendra même plus rentable. Si la rentabilité de l'activité est de 15%, la rentabilité de la trésorerie aura du mal à atteindre les 3%. Il s'agit donc là de capitaux mal employés. En redistribuant une partie de ces capitaux aux actionnaires, le résultat par euro investi sera naturellement plus élevé. Il va de soi que l'entreprise ne doit pas distribuer des liquidités qui pourraient lui être nécessaire à court ou moyen terme.

Outre le dividende exceptionnel, l'entreprise peut lancer un vaste programme de rachats d'actions pour réduire le montant de ses liquidités, et doper le cours de son titre. Quand l'entreprise n'a pas de projet rentable où investir, pourquoi ne pas investir sur elle même ? Les actions rachetées seront ensuite supprimées ou encore redistribuées dans le cadre d'accord d'intéressements.

Une société en mutation


La distribution de dividendes peut aussi être mal perçue par les investisseurs. Quelles entreprises distribuent des dividendes ? Des entreprises matures dont la croissance se ralentit et où les liquidités sont suffisantes pour assurer le développement à venir. On est bien loin du monde des start ups et des croissances à 3 chiffres. Ainsi l'annonce d'un dividende peut provoquer dans la tête des investisseurs un electrochoc défavorable sur le titre. Ils peuvent douter de la croissance à venir, et ne plus voir dans la société, une entreprise en forte croissance, mais une entreprise dont l'essentiel de la croissance est derrière elle. Le moment du premier dividende est donc un moment essentiel dans la vie d'une jeune ou moins jeune entreprise.


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Les raisons de distribuer un dividende pour une société sont multiples. Qu'ils s'agissent de raisons factuelles ou de raisons plus subjectives, toutes peuvent expliquer la volonté d'une entreprise à un instant t de se délester d'une partie de ses liquidités pour les distribuer à ses actionnaires. Le dividende n'est pas mauvais en soi, mais il doit se comprendre pour éviter tout malentendu à l'avenir.