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Plans sociaux et Bourse

Macroéconomie

Le débat resurgit à chaque nouvelle annonce de plans sociaux : la Bourse est-elle humaine ? Est-il acceptable de voir le cours d'une action monter alors même que l'entreprise vient d'annoncer un important plan de licenciements ? Comment peut-on concevoir licenciements massifs et bénéfices records ? Toutes ces questions, bons nombres de salariés se les posent avec l'annonce de plans sociaux, de fermeture d'usines, de restructuration ou bien encore de cessation d'activités sur le territoire national. Le grand public s'interroge aussi fréquemment sur cette corrélation, plus souvent fortuite qu'automatique.

Chaque trimestre est riche d’événements sociaux de plus ou moins grandes ampleurs. La crise n'a fait qu'accentuer ce phénomène. Un plan de licenciements de plusieurs milliers d'emplois de la part d'une entreprise générant des milliards de bénéfices aura plus d'impact médiatique que des embauches continuelles depuis plusieurs années de PME. "Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse".

Toutes les revendications autour des plans sociaux se cristallisent souvent le 1er mai où bons nombres de cortèges se constituent de salariés des différentes entreprises concernées.

Mais d'où proviennent ces vagues de licenciements et de plans sociaux ? Autant il est aisé de comprendre pourquoi une entreprise qui perd plusieurs centaines de millions chaque année, puisse procéder à des licenciements, autant il est difficile d'admettre un plan social pour une entreprise qui réalise plusieurs milliards de bénéfices. Etudions d'abord les différentes raisons qui peuvent pousser les entreprises à mettre en place des mesures de restructurations :

la concurrence internationale
Souvent invoquée, cette raison est en effet essentielle pour bien des entreprises qui réalisent des bénéfices. Pour rester compétitif au niveau mondial, un groupe doit fournir des efforts quotidiens pour abaisser ses coûts de production. Ses concurrents font de même. Si les efforts de productivité n'étaient pas réalisés en temps et en heure, l'entreprise pourrait sans doute survivre plusieurs années mais à plus long terme, elle perdrait des parts de marchés, verrait ses commandes diminuer, donc sa production. Au bout de quelques années, elle risquerait de fermer définitivement. Les efforts sont loin d'être seulement supportés par les salariés, mais ils en sont souvent les victimes indirectes. Ainsi, en cas de la fermeture d'une usine pour se concentrer sur une autre, bons nombres de salariés ne pourront être transférés dans la nouvelle usine;

les problèmes économiques
En cas de difficultés financières, l'entreprise doit mettre tous les moyens en œuvre pour survivre. Ces moyens peuvent passer par des fermetures de sites de productions, des réductions de salaires, une baisse des coûts administratifs, etc. ... Contrairement à l'Etat, à la Sécurité Sociale ou aux collectivités locales, une entreprise ne peut se permettre d'être déficitaire plusieurs années de suite. Cela équivaudrait à une rapide mise en liquidation judiciaire. Le dirigeant doit donc constamment jongler entre les aspirations des salariés, et la survie de l'entreprise;

une restructuration
La restructuration d'une entreprise peut être due à des raisons économiques (difficultés financières), à des raisons de concurrence (abaisser les coûts) ou tout simplement pour des raisons de bonne gestion. Prenons l'exemple d'une entreprise qui s'est développée sur plusieurs dizaines d'années. Elle a racheté d'autres entreprises, et se retrouve avec plusieurs sites de productions répartis sur toute la France. Il peut être intéressant pour cette société de regrouper certaines de ses activités sur un même site de production pour éviter les dépenses inutiles. Il peut s'agir de sites de production mais aussi de pôles administratifs. En cas de fusion de deux entreprises, il n'est pas nécessaire de conserver les deux anciens pôles "comptabilité" pour des raisons évidentes de bonne gestion. Ce regroupement peut, il est vrai, être responsable de licenciements.

les prévisions
Pour être bon gestionnaire, un chef d'entreprise doit, non pas avoir une simple vision quotidienne de son travail, mais une vision à plusieurs années. Il doit être capable d'estimer les besoins nouveaux en terme de production à venir mais aussi les éventuels ralentissements de l'économie. Ainsi le chef d'entreprise devra mettre en place un plan de restructuration en prévision d'une production plus faible dans l'avenir. Malgré les bénéfices dégagées lors des années précédentes, la restructuration s'imposera tout de même à cause du ralentissement de l'économie. Un bénéfice en année n-1 ne garantit en rien un bénéfice en n+1.

Les licenciements, ou tout du moins, les restructurations s'expliquent donc par la volonté de conserver une compétitivité à court terme et de survivre à long terme. Mais pourquoi l'annonce de tel ou tel plan social peut faire monter le cours de l'action ? Sachez tout d'abord que la hausse de l'action n'est pas systématique. La variation de l'action est dictée par les investisseurs. Une baisse de l'action n'est donc pas à exclure suite à l'annonce d'un plan social.

une hausse de l'action
Si le cours du titre progresse après l'annonce d'un plan social, cela signifie que les investisseurs ont bien réagi à cette annonce. Plusieurs raisons à cela : le plan social est sans doute accompagné d'un plan de restructuration qui prévoit d'importantes économies, le plan social était attendu depuis plusieurs mois, etc. ... Les investisseurs pensent donc que le plan social (qui n'est qu'un des éléments de la restructuration du groupe) permettra de retrouver ou de conserver la compétitivité. Les investisseurs ont une vision prévisionniste et non statique.


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une baisse de l'action
Les investisseurs sont déçus par le plan social. La baisse s'explique le plus souvent par la surprise des investisseurs vis-à-vis de l'ampleur du plan social, qui montre l'échec de la stratégie de l'entreprise. Plusieurs annonces de plans sociaux à quelques mois d'intervalle pour une même entreprise peuvent provoquer la défiance vis-à-vis de la direction par les investisseurs, et ainsi provoquées une baisse de l'action.

Les plans sociaux ne sont pas le moyen idéal choisi par les chefs d'entreprise pour faire plus de bénéfices, et faire monter leur cours de leurs titres en bourse. Il s'agit plus prosaïquement de l'une des nombreuses façons mises à leur disposition pour conserver leurs parts de marché face à la concurrence mondiale.