Krachs boursiers


Panique des banquiers de 1907 ou l'absence d'une banque centrale

Les marchés boursiers sont faits de soubresauts. Il ne sert à rien d'espérer passer entre les gouttes en cas de crises financières majeures. Quelque soit votre niveau, vous aurez à digérer un ou plusieurs krachs ou fortes corrections au cours de votre carrière boursière. Cette situation n'est pas nouvelle. Le krach de la Tulipe au XVIIème en est l'un des exemples nombreux, mais certaines crises bien moins connues ont impacté lourdement le système financier.

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Ainsi l'histoire de la panique des banquiers connue aussi sous le nom de la panique bancaire américaine de 1907, n'a que peu traversé les décennies. Masquée par l'effondrement de 1929, la panique des banquiers est toutefois un événement marquant de l'histoire américaine, de par ses répercussions encore aujourd'hui. Cette crise démontre à elle seule toute l'importance de la régulation des marchés financiers et des pratiques boursières, même si cette régulation semble parfois vaine.

Le contexte de la crise de 1907 est particulier mais n'est-ce pas le principe de toute crise ? Depuis 1836, et une décision du président Andrew Jackson, aucune banque américaine dans le pays ne fait office de Banque Centrale. En effet, le président a retiré son dernier agrément, et il n'existe plus de banque officielle où les Etats peuvent déposer leurs réserves. Tout cela ne semble pas particulièrement poser de problèmes au pays, puisque pendant des décennies, aucune crise majeure n'est à constater. Toutefois cette absence de banque centrale conduit New York a emprunté selon les taux en vigueur, mois après mois. Les cycles agricoles déterminent ainsi directement les taux selon les besoins de capitaux.

Le mercredi 18 avril 1906, un évènement qui se passe à plus de 4.000 kilomètres de là vient fragiliser un peu plus l'Etat de New York. Le séisme de San Francisco et les incendies qui suivirent dévastent la ville. Cette catastrophe naturelle qui est l'une des plus grandes qui frappa les Etats-Unis nécessitera des besoins en capitaux très élevés pour reconstruire une région qui avait profité de la ruée vers l'or quelques décennies plus tôt. Les placements dans les banques de New York se vident pour aller s'investir massivement à San Francisco, raréfiant un peu la liquidité à New York. Quelques mois plus tard, la Banque Centrale du Royaume Uni augmente ses taux et attire également les capitaux des investisseurs. Le marché boursier est alors tendu, le pays traverse une récession et les liquidités commencent à se réduire fortement.

Dans ce contexte complexe, une technique de manipulation boursière vire à la catastrophe financière. La Famille Heinze décide en effet de lancer une opération de corner sur le titre United Copper en octobre 1907. Le corner consiste à pousser un titre à la hausse afin d'obliger les vendeurs à découvert à racheter leurs positions, et ainsi de permettre au cours de littéralement s'envoler. Pour que l'opération soit un réel succès, il faut que le nombre de titres en circulation soit faible pour accroître la volatilité. La Famille Heinze pensait détenir une large part des actions de la United Copper. Malgré cela, il existait un nombre important de vendeurs à découvert sur le titre. Afin de parfaire cette opération, ils décident de faire appel à des banquiers pour leur apporter les capitaux nécessaires. Cette opération purement spéculative est une excellente opération potentielle pour les banquiers. Ils répondent donc favorablement à la demande de la famille Heinze.

Les premiers achats sont un succès. Le titre passe alors 39$ à 52$. Tout logiquement les vendeurs à découvert commencent à s'inquiéter sur la hausse du cours. Le cours atteint un haut à 60$. Près de 50% de hausse, portée en cela par les achats massifs de titres par la Famille Heinze. Oui mais voila, le nombre de titres en circulation est bien plus grand qu'estimé. Les vendeurs à découvert n'ont aucun mal à se désengager de leurs positions, et le titre ne s'envole pas. Malgré tous ces achats, le titre ne grimpe plus. L'opération tourne alors au fiasco. La Famille Heinze ne peut plus maintenir le titre à ces niveaux, et le cours décroche rapidement. Les actionnaires cèdent leurs titres pour engranger leurs plus-values. De 60$, le titre tombe à 30$ puis à 10$. La ruine est inévitable. Otto Heinze, l'initiateur de l'opération est bien incapable de rembourser les emprunts contractés pour l'opération. Le corner n'est pas une pratique boursière totalement disparue. En 2008, selon les mêmes principes, le titre Volskwagen s'est envolée jusqu'à trois fois son cours habituel. Les vendeurs à découvert ont été dans l'obligation de déboucler leur position. Dans le cas de United Copper, l'opération a été un échec complet.

La simple défaillance d'Otto Heinze n'aurait pas d'impact significatif si elle n'avait entraîné avec elle, la chute de plusieurs institutions financières par effet de dominos. La société de courtage où Otto Heinze était client est la première à faire faillite. Quelques jours plus tard, le principal pourvoyeur de fonds de la Famille Heinze pour cette opération, se déclare en cessation de paiement. La Knickerbocker Trust Company, troisième fiduciaire du pays, entraîne dans son sillage toute une série de nouvelles défaillances. Les banques sont de plus en plus méfiantes et rapatrient leurs avoirs déposés dans d'autres banques. Une crise de liquidité majeure se fait sentir à tel point que les opérations boursières courantes à découvert ont du mal à trouver les capitaux nécessaires à court terme.

Le pays s'installe dans une crise de confiance. Le système basé avant tout sur la confiance se grippe totalement. Les banques mais aussi les particuliers retirent leur argent, et accroissent en cela la crise de liquidités. C'est à ce moment que l'absence d'une banque centrale se fera cruellement sentir. Il n'existe alors aucun moyen pour coordonner une action commune afin de réinjecter des liquidités dans le système financier. Le système est à court de liquide et la crise financière s'installe. Une nouvelle opération boursière risquée relance même la crise en novembre 1907. Le système n'est plus en mesure de se réguler. Un déséquilibre économique se fait ressentir.


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La crise trouvera finalement sa solution avec l'un de ses acteurs principaux, la banque JP Morgan & Co. A cette époque, son président n'est autre que le célèbre... JP Morgan. Il injecte avec d'autres banques d'importantes liquidités dans le système pour relancer la machine financière. Le système est relancé mais les craintes de le voir s'enrayer à nouveau sont fortes. La crise de confiance prendra davantage de temps à se résoudre, et la solution définitive ne verra le jour que 6 années plus tard. C'est en effet le 22 décembre 1913, avec l'Owen-Glasse Federal Reserve Acte, que naîtra la Réserve Fédérale américaine. La FED devient alors l'une des banques centrales les plus puissantes dans le monde. Elle aidera par la suite à résoudre certaines crises mais d'autres n'ont pu être évitées malgré toutes les mesures de régulation votées depuis.

La panique des banquiers n'est pas sans rappeler les dérives récentes de notre système financier. Certes la crise n'a pas connu l'ampleur de la crise récente mais la mondialisation des marchés n'était pas aussi développée. Une telle crise à notre époque aurait peut être pu être stoppée par une décision de la Fed ou d'un autre organisme de contrôle, mais elle aurait aussi pu s'étendre à l'ensemble de la planète financière.