Téléchargez gratuitement le guide des premiers pas

Liborgate, un nouveau scandale financier

La City était presque redevenue une place boursière comme les autres, et les montants faramineux des bonus des traders avaient presque été oubliés par le grand public. Mais c'était sans compter un nouveau scandale, celui du Liborgate. Vu de l'extérieur, le Liborgate ne semble être qu'un énième scandale financier qui ne touche que la sphère de la finance. De plus, il concerne principalement les banques britanniques et les français n'y voient que peu l'implication d'un tel scandale en France. Et pourtant...

Du nom du taux Libor, le Liborgate se traduirait par une manipulation des niveaux du Libor pendant plusieurs années de 2004 à 2009. Le Libor ou London interbank offered rate est un taux du marché interbancaire. En effet, les banques prêtent aux entreprises, et aux particuliers, mais aussi aux autres banques. Les banques se prêtent entre elles de l'argent. La Banque X prête à la Banque Y pendant que cette dernière prête à la Banque Z. Les interactions sont multiples, et ceci s'explique par les besoins de couverture des banques. Certaines peuvent avoir à financer du taux fixe, d'autres du taux variable, certaines du moyen terme ou encore d'autres du très court terme. Le marché interbancaire est alors là pour faciliter la liquidité du système.

Les banques prêtent et empruntent à un taux fixé après négociation, entre les banques. Le libor désigne alors la moyenne des taux effectivement pratiqués sur le marché interbancaire. Les extrêmes sont supprimés et une moyenne est pratiquée sur les taux restants. Publié par la British Banker's Association, le Libor est un taux déclaratif. Chaque jour, les 18 banques composant le panel de banques du Libor envoient les taux auxquels elles ont emprunté. Il n'y a pas de vérification possible à ce stade et chaque banque peut déclarer ce que bon lui semble. Le Libor est de plus un taux multiple. Il se calcule sur 10 devises, et sur 15 échéances (de jour le jour à 1 année). Ainsi le BBA édite chaque jour un total de 150 taux Libor.

Mais pourquoi donc un scandale sur le Libor alors qu'il s'agit d'un taux interbancaire ? En réalité le Libor, et ses autres composantes iBor, comme l'Euribor ou même le Tibor, sont utilisés dans les produits dérivés mais également dans plusieurs prêts à la consommation ou encore les prêts à taux variables sur les crédits immobiliers. Une manipulation à la hausse du Libor entraîne donc tout naturellement une hausse des crédits immobiliers des particuliers. Mais cela ne reste qu'une goutte d'eau par rapport à l'impact sur les produits dérivés indexés sur le Libor qui représentent plusieurs centaines de milliards de dollars. Des chiffres qui donnent le tournis.

Le scandale du Libor comprend deux phases. Une première phase de 2004 à 2007, où la manipulation sur le niveau du Libor ne concerne que quelques traders. Ces derniers trichent autant à la hausse qu'à la baisse sur le Libor en fonction de leurs intérêts, mais sur des niveaux très faibles d'un point de base. L'impact est plus que limité sur le marché, et la manipulation se joue au coup par coup. Mais de 2007 à 2009, l'arrivée de la crise financière frappe sévèrement la City. Ici il n'est plus question de légèrement manipuler le Libor pour éviter de perdre de l'argent sur un contrat future par exemple, mais de manipuler le système dans son ensemble. En effet, un taux interbancaire intègre le risque pris par le prêteur vis à vis de l'emprunteur, le risque de crédit. Sur les 18 banques composant le panel du Libor, toutes n'ont pas le même niveau de risque. Certaines de ces banques voient leur risque fortement s'aggraver avec la crise financière. Afin d'éviter que les marchés (les investisseurs) ne prennent peur devant cette évolution du risque, plusieurs banques se seraient mis d'accord pour manipuler à grande échelle le Libor. On parle là de 20 à 30 points de base et d'un cartel entre les banques. Ces dernières auraient trouvé naturel de manipuler le marché plutôt que d'effrayer les marchés et de contribuer à l'effondrement du système. Elles oublient également que cette manipulation s'est traduite par des millions d'économies pour les banques concernées.

Ce scandale n'aurait sans doute jamais été connu si des fuites n'avaient pas eu lieu. La première fuite vient d'UBS en 2011. Mais c'est Barclay's en 2012 qui fut la réelle première victime de ce cartel. En expliquant le fonctionnement aux autorités de marchés, la Barclay's a du s'acquitter d'une amende de 290 millions de livres pour faire cesser les poursuites. En contrepartie, elle a du coopérer. Des mails plus que compromettants ont ainsi été fournis aux régulateurs britanniques. Les autres banques qui n'ont toujours pas décidé de coopérer s'expose à des amendes de plusieurs milliards de livres.


Téléchargez gratuitement le guide des premiers pas

Le Libor ne serait toutefois pas le seul des iBor a être concerné par ce scandale. L'Euribor ou encore le Tibor pour le Japon pourraient être affectés par un scandale identique. Le système de déclaration de ces taux étant identique à celui du Libor, les dérives éventuelles ne sont pas exclues.

Selon les dernières actualités, les banques françaises ne semblent pas touchées par ce scandale, et les amendes cumulées pourraient atteindre les 20 milliards pour les banques concernées. Plusieurs associations regroupant des particuliers et des entreprises qui auraient emprunté à taux variable, et donc auraient vu le coût de leur emprunt s'accroître, pourraient porter plainte contre les acteurs de ce scandale. Nous ne sommes aujourd'hui qu'aux premiers pas d'un scandale financier majeur.