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Krach de l'Union Générale

Krachs boursiers

La protection des épargnants est un objectif que poursuit au quotidien l'Autorité des Marchés Financiers. Mais par le passé, pendant la création de notre système financier, la protection de l'épargne n'était pas à l'ordre du jour. Attirer les investisseurs pour développer des projets était le seul objectif affiché des banquiers. La rentabilité était alors le maître mot, quitte à voir poindre par périodes des krachs retentissants. Les krachs existent toujours mais la réglementation a fortement évolué aujourd'hui, et les escroqueries ordinaires n'arrivent que difficilement sur les marchés.

La faillite de l'Union Générale en 1882 est l'un des exemples typiques des excès de l'époque. Cette faillite a provoqué une crise financière et une crise économiques qui n'est pas sans rappeler la faillite de Lehman Brothers, et la crise financière qui s'en suivra.

L'Union Générale est une banque. Elle fut créée en 1875, à Lyon, par des monarchistes catholiques. Mais rapidement, ses difficultés poussent un certain Paul Eugène Bontoux à la racheter. Né le 9 décembre 1820 à Embrun, Paul Eugène Bontoux est un ancien de chez Rothschild. Polytechnicien et ingénieur des ponts et chaussées, il se spécialise dans les projets ferroviaires risqués. Le 3 juin 1878, il fonde officiellement l'Union Générale. Catholique et légitimisme -il souhaite le retour de la monarchie en France-, il souhaite développer une banque catholique, pendant des banques protestantes et juives que sont les institutions Hottinguer, Neuflize ou surtout Rothschild.

Rapidement l'Union Générale trouve son public. Elle est appuyée en cela par le Comte de Chambord, prétendant du trône de France, mais aussi par le secrétaire du Pape, le Cardinal Jacobini, qui rentre au capital de l'Union Générale. L'Union Générale se lance dans des projets risqués à l'étranger et notamment le chemin de fer en Serbie ou encore des investissements en Afrique du Nord ou en Egypte. Les résultats sont là mais les besoins de financement de l'Union Générale sont très élevés. Les augmentations de capital s'enchaînent pour financer ces projets, et elles sont toutes officiellement couronnées de succès. Le cours s'envole en même temps que les bonnes nouvelles s'accumulent pour la banque. La banque distribue d'importants dividendes pour toujours attirer plus de fonds.

Mais le vent tourne en 1882. Alors que la rumeur laissait entendre que l'Union Générale avait obtenu l'agrément de la part de l'Empire Austro Hongrois pour le Crédit Maritime de Trieste, l'Empire refuse cet agrément. Le cours dévisse rapidement. Les achats à terme sur le titre qui avait pris en compte la validation de l'autorisation oblige les acheteurs à découvert de vendre rapidement pour éviter la trop forte perte. D'autres baissiers - la banque Rothschild notamment - rentrent dans la bataille, et les haussiers ne parviennent pas à inverser la chute du titre. Le 19 janvier, le krach est confirmé par un effondrement du titre.Durant le même mois, l'Union Générale déclare être en cessation de paiements. Un titre surcoté couplé à des manipulations boursières manifestes ont provoqué ce krach. Le 2 février 1882, l'Union Générale fait officiellement faillite. 4 ans seulement après sa création.

Les deux dirigeants qu'étaient Paul Eugène Bontoux et Jules Feder avaient tout fait pour manipuler les cours. La société rachetait ses propres titres pour faire gonfler les cours artificiellement, et ce sans en prévenir la communauté financière. Ils n'ont non plus pas hésité à truquer leur comptabilité. Les augmentations de capital n'ont en fait pas toutes été un succès, et certaines n'ont pas été souscrites en totalité. Des bénéfices fictifs ont aussi été annoncés pour attirer de nouveaux investisseurs. Tout a été mis en place pour tromper les épargnants. Paul Eugène Bontoux et Jules Feder, après avoir fait quelques mois de prison, se retrouvent ainsi condamnés à 5 années de prison. Mais les deux hommes auront eu le temps de partir à l'étranger. Paul Eugène Bontoux meurt en 1904.

L'Union Générale et ses actionnaires ne sont pas les seuls à avoir pâtis des manipulations de ces deux dirigeants. De nombreux agents de change mais aussi des banques ont souffert de cette faillite. Ces dernières qui avaient placé une part de leurs fonds dans l'Union Générale les ont vu s'évaporer, ce qui les fragilisent. Un groupe de financiers se met alors en place pour sauver ces établissements, et éviter une crise financière plus globale. Malgré tout, la Bourse de Lyon, et la Bourse de Paris sont sévèrement touchés par le krach.

La crise économique s'ensuit presque tout naturellement. Le secteur minier est principalement touché. L'Union Générale investissait beaucoup dans les compagnies minières. Plusieurs grandes grèves minières de 1884 et de 1886, que ce soit à Anzin ou Decazeville, s'expliquent en partie par la faillite de l'Union Générale. La crise financière s'est reportée sur l'économie du pays.


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A ces crises graves, s'associe une crise sociétale. L'Union Générale était le symbole d'une droite conservatrice et catholique. Les autres banques étaient souvent le symbole d'une gauche libérale. Plusieurs banques détenues par des personnalités juives, comme la banque Rothschild, ont été alors sévèrement critiquées pour leur rôle prétendu dans la faillite de l'Union Générale. Un vent d'antisémitisme flotte alors en France, et la faillite de l'Union Générale continue d'alimenter biens des rumeurs longtemps après. Un certain Emile Zola y trouvera même son aspiration dans son roman, L'Argent, paru en 1891.

La faillite de l'Union Générale n'est pas sans rappeler certaines des faillites de nos temps contemporains, jusqu'à la crise sociétale. Les sommes en jeu et l'impact dans le monde ne sont certes pas similaires, mais la succession d’événements semble si proche de nous. Nos mécanismes de contrôles n'arrivent aujourd'hui toujours pas à juguler une finance jugée parfois trop folle.