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Investir comme un grec

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L'Europe telle que nous la connaissons aujourd'hui doit beaucoup à la Grèce. Le berceau de cette désormais vieille Europe s'est creusé dans ce qui fut l'Empire Grec. La création des monnaies, le développement du commerce bien au-delà du seul continent européen, la philosophie ou même la démocratie. Autant d'héritages que nous a légué la Grèce Antique. Mais aujourd'hui, la Grèce est davantage connue pour ses déboires économiques que pour ses merveilles passées. Ce bouleversement économique majeur a t-il modifié en profondeur la façon d'épargner des grecs ? Comment investissent-ils aujourd'hui ?

La Grèce est un des pays fondateurs de l'Union Européenne. Elle a aussi fait parti des premiers pays à partager une même monnaie, l'Euro, abandonnant ainsi la Drachme. Elle a largement profité des subsides de l'Union Européenne, tout en augmentant sensiblement le niveau de vie de ses concitoyens après la seconde guerre mondiale. Ce pays autrefois très pauvre a connu une hausse du niveau de vie sans précédent. Oui mais voila, l'Etat grec, n'a su ou n'a pu, réformer en profondeur son pays. D'importants dysfonctionnements peuvent même encore à laisser penser que la Grèce n'est pas un état moderne. L'absence de cadastre, une fiscalité obscure, une capacité à lever l'impôt extrêmement faible, et une économie clandestine des plus florissantes. La Grèce a vécu plusieurs années à crédit en profitant largement des subventions européennes, en embauchant en masse des fonctionnaires parfois totalement inutiles, et en accroissant bien au delà que nécessaire le salaire des travailleurs. Ainsi, avant la crise, le salaire des grecs a augmenté bien plus vite que la hausse de la productivité. La situation est telle que pour intégrer l'Euro, l'Etat n'a pas hésité à maquiller ses comptes publics afin de les enjoliver. Alors que l'Union Européenne considérait que la Grèce respectait les critères de convergence, il n'en était rien. La Grèce n'était pas prête pour l'Euro. Puis un jour, la crise des subprimes arriva.
Ce n'est pas tant cette crise que toutes ses conséquences, comme la crise des dettes souveraines, qui ont sévèrement touché l'Etat grec, et son peuple. La situation réelle du pays était telle que des mesures drastiques ont du être prises pour éviter la déroute du système économique grec dans son ensemble. Ces mesures couplées à l'explosion de la bulle immobilière ont conduit à une forte chute du pouvoir d'achat des grecs, mais également à un risque non négligeable de défaut de paiement, avec tout ce que cela implique. Le scénario d'une sortie de l'Euro n'a d'ailleurs jamais été totalement exclu, et la victoire politique de la gauche radicale en janvier 2015, n'a pas réellement fait taire les oiseaux de mauvaise augure. La dette atteint des niveaux records et les aides successives du FMI ou de l'Union Européenne n'ont pas inversé durablement le processus. Autrement dit, le pays subit depuis plusieurs années, une instabilité tant financière que politique qui n'est pas sans décourager les épargnants.

L'évolution des comportements des grecs en matière patrimoniale s'explique ainsi en grande partie par l'effondrement de l'économie grecque. Les grecs n'ont plus confiance en leur économie, ni en leur Etat. Ils craignent qu'à tout moment ce dernier, pour se renflouer, applique la méthode chypriote en 2013 qui a consisté à ponctionner une partie de l'épargne des chypriotes en fixant une imposition directement sur les comptes bancaires. La méthode très critiquée a finalement été limitée aux plus gros comptes. De fait, les retraits d'argent des banques grecques sont nombreux. Les grecs ne placent plus leur argent. Les plus fortunés le font clairement sortir du pays pour le placer dans des paradis fiscaux comme le Luxembourg ou la Suisse. Les autres choisissent de louer un coffre fort pour y placer leurs liquidités, et la troisième catégorie transforme ses euros en or ou en quelconque métal précieux. Dans tous les cas, les grecs ne souhaitent pas conserver d'euros, et surtout, ils ne souhaitent pas que l'Etat connaisse la réalité du niveau de leur épargne, par peur de se le voir en partie confisquer. La dissimulation reste le maître mot.

Cette absence de confiance dans le système économique grec se retrouve directement dans le poids du secteur clandestin dans l'économie nationale. En effet, les cartes de paiement sont loin d'être appréciées par les commerçants, certains loyers sont encaissés sans la moindre facture pour ne pas payer de TVA, et tout ce qui est perçu illégalement est considéré comme ordinaire en Grèce. Ne pas payer l'impôt est de plus devenu un geste de résistance face aux institutions européennes et mondiales qui prônent l'austérité. La levée de l'impôt est ainsi excessivement compliquée. Et toute nouvelle hausse d'impôt destinée à compenser cette faible levée, n'a que l'effet inverse, à savoir transférer un peu plus de l'activité économique vers l'économie clandestine. Le faible impôt perçu l'est alors sur une portion congrue de la population.

Malgré tout, et surtout malgré l'effondrement du secteur immobilier, les grecs aiment la pierre. Une grande majorité des grecs est propriétaire de sa résidence principale (75%) et une grande part n'a même plus de crédit sur ce bien. De fait, les grecs ont pris l'habitude de se constituer un patrimoine immobilier dans le but de le louer. Ils restent toutefois loin d'un pays comme la Roumanie où 96% des habitants sont propriétaires, contre seulement 55% en France. La culture de la location n'est pas une culture partagée par la Grèce. Le poids de l'immobilier dans l'épargne grecque est tel que les dirigeants ont décidé de taxer ces propriétés, sous la forme d'un impôt foncier. Mais pour s'assurer une levée correspondante aux standards internationaux, la Grèce prélève cet impôt via la facture d'électricité -la France fait de même avec la redevance audiovisuelle présente dans la taxe d'habitation-. Les grecs ont été tellement enclins à payer cet impôt que certains ont déclaré n'avoir même pas l'électricité. Résultat : ils ont vu leur électricité tout simplement coupé. Ce genre de cas ubuesques n'est pas anecdotique. Il est même courant.


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Autant dire qu'investir comme un grec n'est pas forcément une chose à répéter. D'une part, vous devrez masquer une grande part de votre épargne au Trésor Public, avec tous les risques inhérents à cela. D'autre part, compte tenu des difficultés économiques du pays, vous privilégierez des métaux précieux voire un coffre fort, plutôt que des placements sans risque comme le Livret A pour la France. En Grèce, l'objectif est avant tout de conserver son épargne avant de la faire fructifier. La peur de l'imposition sur l'épargne, mais aussi la faiblesse du pouvoir d'achat ont ainsi conduit de nombreux grecs à retirer leur liquidité des banques.

L'instauration d'un nouveau gouvernement en Grèce peut inverser ce processus s'il arrive à redonner confiance au peuple dans le système économique et financier. Toutefois, il sera extrêmement compliqué pour un individu ayant depuis des décennies trompé le fisc de se résoudre à payer des impôts, qui seront peut être moins coûteux qu’aujourd’hui, mais surement plus élevés que ce qu'il n'a jamais payé.