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Fonds souverains ou le retour de l'Etat dans l'économie

Macroéconomie

Le monde de la Bourse et de la Finance est souvent présenté comme un monde d'investisseurs assoiffés d'argent qui pourraient vendre père et mère pour gagner un peu plus. Outre le fait que cette image tient plus de l'image d'Epinal que de la réalité, un type d'investisseurs se distingue des autres. Il ne s'agit pas des entreprises, des particuliers, ou des banques mais des Etats. Les Etats sont aussi des investisseurs à travers les fonds dits souverains.

Les fonds souverains sont des fonds d'investissements mais contrôlés par un Etat. Ainsi, un Etat confie à des spécialistes de la finance ses réserves afin de les faire fructifier au mieux des intérêts de l'Etat. Ces intérêts peuvent être forts différents de ceux d'un simple investisseur et les décisions d'investissements peuvent parfois s'expliquer plus facilement par la politique que par la finance. Les fonds souverains ou sovereign wealth funds en anglais, gèrent une partie des réserves d'un pays pour le compte de ce dernier. L'essentiel des réserves provient des excédents pétroliers. En effet, plusieurs pays génèrent chaque année plusieurs milliards de liquidités que la taille du pays ou la faiblesse de la population ne parvient pas à dépenser. Les Etats décident donc de placer ces sommes en actions, obligations ou bons du trésor. Bien que représentant la majorité des fonds, les excédents de liquidités dus aux matières premières sont suivis par les réserves de retraite dans les pays occidentaux ou par les réserves des banques centrales. En effet, avec le vieillissement de la population et la mise en place de retraite par capitalisation, les Etats se retrouvent dans l'obligation de gérer des centaines de milliards d'euros pour les retraites à venir, comme c'est le cas pour la Norvège. La Chine, elle, bénéficie de sa puissante industrie qui lui permet d'engranger des réserves de devises grâce aux exportations.

Tout logiquement le premier fond souverain a vu le jour au Koweït en 1973. Les revenus pétroliers y étaient investis. Le 24 février 1977, il fut suivi, après bien d'autres, par Abu Dhabi. Le petit Etat créait l'Abu Dhabi Investment Authority grâce à l'impulsion de Zayid bin Sultan Al Nahyan. Depuis ce fond est devenu le premier fond souverain du monde après près de 900 milliards de dollars d'actifs gérés. Il en existerait environ 40 de nos jours. Même la France dispose depuis fin 2008 de son fond souverain, impulsé par Nicolas Sarkozy, président de la République. Dirigé par la Caisse des Dépôts et Consignations, il dispose de 20 milliards d'euros afin d'aider au financement des entreprises françaises et à détenir des participations dans des entreprises jugées stratégiques.

Chaque fond édicte en effet ses propres règles de gestion, et chaque fond souverain est différent. Toutefois les fonds souverains basés sur des réserves de retraites sont par nature moins enclins à privilégier le risque. Mais certains fonds sont connus pour prendre des risques, d'autres pour acquérir des participations majoritaires au sein de groupes et d'autres limitent leurs actions à leurs propres pays. Ainsi des fonds des pays du Moyen Orient n'hésitent pas à prendre des participations importantes au sein de banques américaines. Leurs participations très actives lors de la crise des subprimes a d'ailleurs été félicitées. Mais ces stratégies toutes différentes reposent aussi sur des degrés de transparence très différents. Alors que certains fonds, comme ceux du nord de l'Europe, sont totalement transparents quant à leurs investissements et leurs sources de financements, d'autres sont gérés de façon totalement opaques vu de l'extérieur. La faillite d'un fond souverain pourrait ainsi provoquer la revente rapide de 10-20-30% d'un grand groupe et voir ainsi le cours plus que vaciller. Toutefois, aucune règle spécifique aux fonds souverains n'est appliquée. Les fonds souverains répondent aux mêmes normes que les fonds d'investissements classiques.


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Mais les fonds souverains font peur. Un Etat a du mal à admettre que certains des pans entiers de son économie soient contrôlés par un autre Etat via un fond souverain. Ainsi les Etats n'hésitent pas à demander à certains fonds de limiter leurs investissements dans des entreprises jugées stratégiques, comme ce fut le cas avec British Petroleum et Kia au Royaume Uni. L'énergie, l'agriculture, les matières premières, l'automobile, la finance, peuvent ainsi devenir des secteurs stratégiques où les fonds souverains ne sont pas désirés. Leurs droits d'actionnaires peuvent même être diminués.

Les fonds souverains peuvent faire peur mais ils ne représentent qu'environ 2.000 milliards de dollars pour 1,5% de la masse des actions. Leurs poids est encore faible mais l'envolée du prix des matières premières pourrait permettre à certains de voir leurs poids grossir dans les années à venir.