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Financiarisation de l'économie, un risque pour l'économie ?

Macroéconomie

La financiarisation de l'économie est sur les lèvres de bons nombres de chroniqueurs économiques et politiques. Parfois critiquée sévèrement, parfois provoquée, la financiarisation de l'économie ne laisse toutefois jamais indifférente. Il s'agit en réalité de la propension des agents économiques à se tourner vers l'endettement pour se développer. Ainsi, la part des activités financières liées directement à cet endettement dans l'économie réelle se voit progresser fortement. A tel point que certains pays pouvaient voir leur PIB générer en majorité par les institutions bancaires.

Cette financiarisation fut à la fois aidée par le politique et les acteurs bancaires y ont trouvé plus que largement leur compte. En développant constamment de nouveaux outils, ils ont répondu de plus en plus précisément aux besoins de capitaux des entreprises, mais aussi des Etats. Le poids de la finance est devenu tel dans les économies réelles que la simple dégradation d'une notation financière d'une agence peut provoquer une forte dégradation des comptes publics. A ce jour, les risques d'une financiarisation non contrôlée de l'économie ne sont nullement maîtrisés.

La financiarisation des économies de part le monde a pu prendre une telle ampleur grâce à la mondialisation. La disparition progressive des frontières a permis aux capitaux de passer rapidement d'un pays à l'autre. Les Etats qui n'étaient autrefois que demandeurs au niveau de l'épargne nationale, ont du aussi attirer les capitaux étrangers afin de financer une dette toujours plus croissante à partir des années 70. De part, la fortune rapide faite par certains pays du Golfe avec la crise pétrolière a conduit ces gouvernements à la tête de capitaux importants à les placer. Tout naturellement, ils se sont tournés vers les titres liés à la dette des pays développés de l'Europe ou de l'Amérique du Nord. Ces pétro-dollars facilement accessibles ont conduit les économies européens à privilégier le recours à l'endettement à une meilleure gestion budgétaire.

Pour attirer toujours plus de capitaux étrangers, les pays ont eu l'idée de mettre en place un système de défiscalisation, partielle ou totale, des versements d'intérêts dus aux prêteurs étrangers. Mais ce ne sont pas les seules mesures prises par les gouvernements pour attirer les capitaux, à la fois pour eux mêmes, et pour les entreprises. Ces mêmes capitaux pouvaient en effet être utilisés par les Etats, mais également par les entreprises. Les dirigeants considèrent toujours aujourd'hui qu'un endettement limité est plus avantageux que risqué pour l'entreprise. L'effet de levier généré par l'endettement favorise la rentabilité des capitaux propres des actionnaires.

Pour accompagner ce phénomène, les autorités de marchés ont profondément réformé le marché financier en France. Plusieurs réformes majeures ont déréglementé en profondeur les marchés. L'objectif était simple : canaliser l'épargne nationale et internationale vers les obligations et les actions. Les réformes de 1984 et 1985 ont simplifié l'accès aux obligations et rendu possible l'émission de papier commercial pour les entreprises. Avec la création du MATIF, la levée progressive du contrôle des changes, l'investissement étranger se retrouve largement facilité. En 1984, l'impôt sur les intérêts payés est également supprimé pour les investisseurs non résidents. Ainsi, un apporteur de capitaux pouvait apporter ces fonds à l'Etat français et aux entreprises sans se voir trop fiscalisés. Une bouffée d'oxygène pour l'Etat qui découvre alors les méfaits d'une croissance atone et d'un déficit budgétaire en hausse. A cette même date, les entreprises peuvent émettre des obligations libellées en Francs dans les pays étrangers. Les entreprises s'ouvrent ainsi aux capitaux étrangers, et voient leur capacité d'endettement augmenter fortement. En effet, certaines opérations ne pouvaient être réalisées en se limitant à la seule épargne française. En émettant des obligations sur des marchés étrangers, la part des étrangers dans le financement de l'économie française s'en trouve fortement augmentée.


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Mais outre cette relation parfois malsaine entre emprunteurs et prêteurs, l'activité financière est devenue essentielle à nos économies modernes. A tel point que certains pays se sont vus en quasi faillite après la crise des subprimes de 2008 tant leur économie était axé sur le monde de la finance. Désormais, les marchés financiers détiennent une part importante du rôle de financement. Les plus grosses opérations de financement se font sur les marchés, et les banques se prêtent et empruntent constamment entre elles des fonds. Les prêteurs sont devenus si puissants qu'ils peuvent déclencher une procédure de cessation de paiement avant même les actionnaires, si le remboursement de la dette n'est plus honorée. Aujourd'hui, la distinction principale entre les fonds propres et les dettes résident dans le degré de risque supporté par les actionnaires et les prêteurs. Les prêteurs supportent de moins en moins le risque et n'hésitent pas à le faire payer très chèrement aux entreprises et aux Etats désireux de s'endetter. Désormais, la financiarisation de l'économie est telle que le développement des entreprises, et la survie des Etats sont davantage dus au bon vouloir des marchés financiers qu'aux capitaux propres ou aux impôts. Une hausse de 2 à 3 points du coût de la dette en France se traduirait ainsi immanquablement par une récession de l'économie.

Le recours de plus en plus systématique aux capitaux financiers, et souvent d'origines étrangères, s'il a permis de faire face un temps aux difficultés de financement des organismes bancaires classiques, représente aujourd'hui un réel danger pour l'avenir de notre économie. Les débats politiques autour de la question de la vente de la France à des investisseurs étrangers sont des débats récurrents.