Téléchargez gratuitement le guide des premiers pas

Finance comportementale, ou la psychologie appliquée au trading

Depuis des décennies, l'on enseigne aux étudiants que les marchés financiers sont efficients. Qu'à chaque instant, toute l'information disponible sur le marché est intégrée dans les cours. Certes, il existe bien quelques anomalies mais qui ne remettraient nullement en cause le postulat de base, à savoir : les acteurs des marchés financiers prennent des décisions raisonnables à tout instant. Toutes ces certitudes ont été battues en brèche par l'arrivée de la finance comportementale. Cette dernière explique que les individus sont loin d'être raisonnables, que ce soit individuellement ou collectivement, et que leurs actes non raisonnés font des marchés financiers, un lieu marqué par les émotions et les biais cognitifs.

La finance comportementale n'est pas une science nouvelle. Elle a déjà été théorisée depuis plusieurs décennies même si elle n'a reçu ses lauriers qu'assez récemment. On peut ainsi citer G. Akerlof, prix Nobel d'économie, dont on doit l'effet Akerlof. Ce phénomène tend à prouver que les acteurs économiques privilégient des biens dont la valeur est supérieure car ils s'attendent à une qualité supérieure. Même si la qualité n'est pas au rendez vous, ils privilégieront un prix plus élevé. Mais c'est bien à Daniel Kahneman et à Amos Tversky que l'on doit aujourd'hui les études les plus précises concernant la finance comportementale. Daniel Kahneman obtiendra même le Prix de Sciences économiques institué par la Banque de Suède à la mémoire d'Alfred Nobel, en 2002. Amos Tversky étant décédé en 1996. Les deux compères ont travaillé sur l'application de la psychologie dans le domaine financier. Ils ont pu démontrer que les prises de décisions des investisseurs étaient loin d'être systématiquement rationnelles, et que l'efficience des marchés n'était en rien un fait avéré.

L'un des exemples intéressants mis en avant dans ces travaux est basé sur un pari. Un individu a le choix entre une table de jeu où il gagne systématiquement 1 million de dollars, et une table de jeu où les données sont plus complexes. Il a une chance sur 10 de gagner 2,5 millions, 89 chances sur 100 de gagner 1 million, mais surtout 1 chance sur 100 de ne rien gagner du tout. L'aversion au risque étant telle chez un individu lambda que la table 1 était toutefois parfois préférée alors que son espérance de gain (1 million) était inférieur à la table n°2 et ces 1,14 millions. Cette aversion au risque n'est que l'un des nombreux comportements qui affecte directement les marchés financiers.

Kahneman et Tversky ont listé un nombre important de comportements dont les conséquences peuvent être visibles sur les marchés financiers. Ainsi, ils distinguent les biais cognitifs où les mêmes erreurs de jugements se répètent et les éléments totalement émotionnels qui affectent la prise de décision. Découvrons ci-dessous quelques uns de ces éléments, découverts ou non, par Kahneman et Tversky.

Peur et excès de confiance
L'investisseur n'est pas un animal à sang froid, et son expérience passée influencera ses décisions. Ainsi, après plusieurs moins-values consécutives, le trader aura tendance à limiter ses risques, et privilégiera les petites plus-values. Au contraire, si ces derniers trades ont été gagnants, il pourra se sentir trop confiant, et prendra des risques bien au-delà du raisonnable. Prenons le cas du boom d'Internet dans les années 2000. Tous les investisseurs étaient si confiants dans le business model des entreprises du Net qu'ils pouvaient investir sans même comprendre le métier de la société. Des comportements totalement anormaux dictés par un excès de confiance manifeste.

Prophéties auto-réalisatrices
Certains investisseurs peuvent penser que leur raisonnement était juste, uniquement par le fait qu'il s'est réalisé. Cela peut être le cas de l'analyse technique, et des franchissements de moyennes mobiles par exemple. Qu'est ce qui a provoqué la forte hausse du titre après le franchissement de la moyenne mobile ? Le fait que la valeur devait se comporter comme cela ou le fait que de nombreux investisseurs pensent la même chose et ont donc massivement investi une fois la moyenne mobile franchie ? Ces prophéties auto-réalisatrices sont ainsi souvent totalement dénuées d'esprit rationnel.

Bonus de fin d'année
Les particuliers ne représentent qu'une modeste part des échanges financiers quotidiens. Les professionnels des marchés font le marché. Ainsi, il n'est pas rare que le mode de calculs de leur bonus de fin d'année influence directement leur façon de trader. Ils ne choisiront alors pas la valeur qui correspondra le mieux aux attentes de leurs clients, mais celle qui permettra de réaliser plus facilement leurs objectifs. Si l'espérance de gain sur un titre est élevé, mais que les risques sont aussi élevés, en fin d'année, le trader pourra se reporter sur des valeurs moins volatiles car il aura déjà réalisé ses objectifs annuels. Réciproquement, un trader loin de ses objectifs risque d'accroître sa prise de risque pour obtenir ces fameux bonus.

Ancrage mental
Une fois la valeur acquise, il n'est pas rare que l'investisseur conserve cette valeur alors même que les fondamentaux de l'entreprise plongent dans le rouge. La première impression ou les raisons expliquant l'acquisition sont encore fortement ancrées dans l'esprit du trader, et il ne souhaitera pas aller contre. De la même façon, qu'il est difficile pour un individu lambda d'aller au delà de la première impression lorsqu'il rencontre une personne pour la première fois. Il s'entête jusqu'à atteindre un point où son opinion change, mais ce point est situé bien en aval de tout raisonnement sensé.

Anomalies calendaires
Sans raison apparente, il n'est pas rare que certains mois dans l'année soit sujet à des hausses, et d'autres à des baisses. Ainsi, chaque mois boursier porte en lui une partie des explications des variations des titres. Ces évolutions pouvaient éventuellement s'expliquer par des éléments fondamentaux par le passé, mais désormais, les investisseurs anticipent ces baisses et hausses attendues en fonction des mois, sans tenir compte des fondamentaux. C'est notamment le cas de la fin d'année, où les gestionnaires de portefeuilles habillent leurs performances en cédant les titres en baisse et en acquérant les titres en hausse.

Surperformance des actions bon marché
Le potentiel de croissance d'un titre dépend des fondamentaux de l'entreprise, mais aussi, et de façon plus surprenante, de son cours ou plutôt du niveau de son cours. Une valeur dont le cours est faible aura un potentiel de croissance plus élevé qu'un titre dont le cours est élevé. Ainsi, pour une même société, disposant de la même capitalisation boursière, si l'action cote 10 euros, elle aura un potentiel de croissance plus élevé que si elle cote 1.000 euros. Cela s'explique en partie par une plus grande liquidité des titres dits bon marché. Mais rien n'explique que des actions bon marché soient plus liquides. Les marchés sont orientés par des professionnels, qui n'ont pas les problèmes de liquidités que peuvent avoir un particulier.

Asymétrie de réactions
Un investisseur n'agira pas de la même façon si ses titres sont en moins-values ou s'ils sont en plus-values. Alors qu'il devrait avoir une démarche raisonnable en connaissant à l'avance ses points de sortie, le trader pourra faire évoluer sa position de façon non cohérente. Cette asymétrie s'explique par une aversion forte aux risques, par une volonté de profiter d'une petite plus-value en lieu et place de sa maximalisation mais aussi par le refus d'accepter son échec. Plusieurs proverbes résument assez bien ces situations : Tant que tu n'as pas vendu, tu n'as pas perdu / Un tien vaut mieux que deux tu l'auras / etc.

Privilégier les actions qui ont surperformé
Les traders sont souvent comparés aux moutons de Panurge. Ainsi, il est fréquent que des investisseurs se ruent sur une action qui a déjà beaucoup grimpé, et délaissent des valeurs qui ont subi de lourdes pertes. Il est plus aisé psychologiquement de justifier une décision d'achat sur une valeur réputée et en bonne santé financière, que sur une valeur connue pour sa forte baisse. Le trader se rassure ainsi en s'associant à la décision d'achat d'autres traders, au risque de surévaluer une action déjà haute et de délaisser un titre avec un fort potentiel de rebond.

Cadrage
Il est fréquent qu'un ou deux aspects ait attiré l'attention d'un trader ou d'un investisseur sur un titre. Il peut s'agir par exemple de l'attente de la signature d'un nouveau contrat. Or, l'investisseur risque d'être tellement obnubilé par ce contrat à venir qu'il en oubliera d'étudier les autres aspects de l'entreprise, ou encore de prêter attention à des nouvelles bien plus défavorables. L'investisseur n'étudie plus alors finement le titre mais se borne à attendre la réalisation d'un événement qui ne fixera, à l'instant t, qu'une part de la valorisation du titre.


Téléchargez gratuitement le guide des premiers pas

Il ne s'agit là que d'un recueil limité des anomalies et des biais cognitifs que vous pourrez être amené à croiser au cours de votre carrière d'investisseur. Une fois que vous aurez admis que les marchés sont loin d'être efficients, et que la psychologie des acteurs financiers influence directement le marché, vous devrez utiliser à bon escient ces informations pour en déceler des opportunités d'achat. Si vous estimez qu'une valeur est injustement massacrée, il n'est alors pas stupide de chercher le meilleur moment pour s'y positionner, sans toutefois aller àl'encontre du marché. Ce dernier, bien que parfois stupide, n'en reste pas moins le juge de vos plus-values à venir.

La Finance comportementale est ainsi une forme de sciences qui explique l'évolution parfois incompréhensible des marchés par le comportement de leurs acteurs. Elle n'est pas une formule magique qui vous permettra de gagner à tous les coups, mais elle vous aidera à affiner vos analyses et à mieux comprendre les réactions des marchés.