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Faillite de Law, les prémisses du capitalisme moderne

Krachs boursiers

Le système bancaire mondial a bien failli s'effondrer il y a de cela quelques années. Une spéculation effrénée, des risques démesurés, et une finance dont le poids au fil des années n'a cessé d'augmenter, et toutes les économies développées en ont reçu le contrecoup. Cet effondrement ne fut pas le premier, et la France a même inauguré ce risque systémique. Ainsi, en 1720, à l'époque où la France est encore une monarchie, notre système monétaire s'effondre avec la Faillite de Law.

En 1715, le Royaume de France est grevé de dettes. L'Etat s'est très fortement endettée pour ses guerres, et doit désormais 3,5 milliards de livres. Un montant qui peut faire sourire aujourd'hui mais qui représentait toutefois dix fois le montant des recettes annuelles du pays. Cette dette laissée par Louis XIV entrave toute action de l'Etat, et ce n'est pas Louis XV qui pourrait être à même de réduire le problème. En effet, le nouveau roi de France, Louis XV n'a alors que 5 ans. Le royaume de France est alors placé sous la régence de Philippe d'Orléans jusqu'à la majorité du roi.

Philippe d'Orléans décide alors de confier l'assainissement des dettes de l'Etat à un économiste écossais, arrivé en 1714 en France. Un certain John Law. Ses compétences sont nombreuses et ses idées nouvelles. Il se voit donc confier la refonte du système monétaire et financier français. Son idée phare se base sur un postulat fort : l'argent n'est pas une richesse, mais uniquement un moyen d'échanges. Pour lui, les pièces de monnaie entravent le développement des échanges entre pays. Il en est effet complexe de transporter physiquement de l'or pour telle ou telle acquisition. Ce système d'échanges doit donc être amélioré. De fait, John Law souhaite instaurer la démonétisation des métaux précieux. Ces métaux, or ou argent, seront alors remplacés par des billets. Ces derniers pourront être ensuite échangés auprès d'une banque. Le principe est révolutionnaire pour l'époque, et n'est pas sans rappeler notre système actuel.

Philippe d'Orléans donne à John Law le droit de créer une banque privée. Celle-ci, créée le 2 mai 1716, sera la Banque Générale. Elle proposera un rendement plus qu'attrayant de 7,5% afin d'attirer les capitaux des investisseurs. Les premiers billets sont alors émis par la banque Générale en lieu et place des pièces en or et argent. En 1717, le papier monnaie émis par la banque permet aux français de payer leurs impôts. Ce n'est là que le premier acte d'une longue liste qui va permettre à la Banque Générale, devenue Banque Royale 4 décembre 1718, d'attirer tellement de métaux précieux, en échange de papier monnaie, qu'elle se retrouve en mesure de prêter à son tour à l'Etat français. Ce dernier lui autorise même d'exploiter les colonies du pays, via la Compagnie d'Occident en 1718, jusqu'à la fusion en 1720 avec la Compagnie Perpétuelle des Indes, plus connue sous le nom de Compagnie des Indes. La Banque Royale est alors intimement liée au devenir de la Compagnie des Indes, et inversement.

Le succès de la Banque Royale ne se tarit pas et dès 1718, alors que la banque n'a que 2 ans, elle s'ouvre aux capitaux étrangers. Ainsi, le papier monnaie ne représentera plus seulement la solvabilité de la banque, mais aussi marquera la confiance des étrangers dans la puissance financière de la France. Philippe d'Orléans est plus que conquis par le personnage et sa réussite insolente. Le 5 janvier 1720, John Law est nommé Contrôleur général des Finances. Il prendra ensuite les rênes du commerce extérieur ou encore du système fiscal français. C'est le ministre des Finances de l'époque. Il prend des mesures radicales pour doper un peu plus le papier monnaie. Il interdit aux français de détenir trop de métaux précieux. Ces derniers devront être obligatoirement convertis en papier monnaie.

Mais le système de Law est un colosse aux pieds d'argile. La spéculation fait rage. Organisée ou non par les grands financiers, elle fait s'envoler le prix du papier monnaie. Les réserves de métaux de la banque Royale sont alors bien inférieures à la valeur totale des billets émis. Ces réserves ont de plus fortement fondues suite aux prêts accordés à l'Etat français. En Mars 1720, deux grandes fortunes, le Prince de Conti et le Duc de Bourbon décident de profiter des cours élevés et convertissent massivement leurs papiers monnaie. L'inquiétude commence à se dessiner auprès des particuliers, et des dividendes plus faibles que prévus ne les rassurent pas. En effet, la politique coloniale ne dégage pas les bénéfices attendues. Les mines d'or du Mississippi génèrent des revenus insuffisants. Les particulier s'affolent et viennent convertir en masse leur papier monnaie. Mais le mal est déjà fait, les métaux détenus dans les coffres de Law ne sont pas suffisants. Le système de Law s'effondre, et John Law est contraint à la fuite le 20 décembre 1720, pour finalement mourir à Venise en 1729.


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La faillite de Law a coûté plusieurs décennies à la France qui n'a pu réformer en profondeur son système financier après un tel échec. Du côté des particuliers, 2 millions de personnes étaient concernés, soit 10% de la population de l'époque. Toutefois, les moins riches ont été remboursés en totalité. De nombreuses émeutes ont malheureusement conduit à la mort de plusieurs manifestants, comme le 17 juillet 1720, rue Quincampoix, lieu du siège social de la Banque Royale. Malgré cet échec, John Law a assaini une partie des finances de l'Etat qui a pu s'offrir des marges de manoeuvres pour continuer à conserver sa place diplomatique en Europe. John Law a aussi permis le développement des comptes courants et du crédit.

La faillite du système de Law a profondément perturbé les investisseurs français, et même si les particuliers les moins fortunés n'ont rien perdu, cette faillite a provoqué un recul massif de l'intérêt des français pour l'investissement. Un autre scandale d'envergure a plongé la France dans le doute quelques décennies plus tard, au début du XXème siècle, Marthe Hanau et la Gazette du Franc.