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Décès du dirigeant, quelles en sont les conséquences ?

Monde de l'entreprise

Les risques que doivent supporter les entreprises au fil des années et des décennies sont nombreux. Risque de change, risque politique, risque d'espionnage industriel... tout est envisageable. Mais l'un des risques dont les sociétés prennent de plus en plus conscience, au point que les assurances vie ont décidé de le garantir, est le risque du décès d'un dirigeant ou d'un homme-clé de l'entreprise.

Dans le cadre d'une entreprise individuelle, la question de l'après décès ne se pose presque pas. L'entreprise disparaît immédiatement car elle était attachée totalement au dirigeant. La succession se bornera alors à liquider la société. Pour une société de capitaux, le décès d'un des dirigeants n'est qu'un risque, qui ne devrait pas remettre en cause la survie de l'entreprise dans son ensemble. Mais en pratique, les conséquences d'un tel décès peuvent être très lourdes. L'impact du décès du dirigeant dépendra de plusieurs facteurs.

Rôle du dirigeant
Chaque dirigeant est unique, mais il est assez facile de les classer en catégorie. Prenons l'exemple d'un dirigeant gestionnaire. Il a été placé là par des actionnaires financiers. Il ne détient pas d'actions dans l'entreprise, y apporte ses compétences de gestion mais n'a aucune prise sur l'innovation. Son rôle se borne à présenter les meilleurs chiffres possibles aux actionnaires. Certes son décès risque de plonger l'entreprise dans une période de doute, mais il est relativement facile de trouver un remplacement à ce type de dirigeants.

Au contraire, un dirigeant historique, soit parce qu'il a fondé lui même l'entreprise, soit parce qu'il a imprimé son empreinte sur tout le groupe, peut apporter une valeur non négligeable à la société. En cas de décès, tout logiquement, il sera compliqué pour les administrateurs de le remplacer. Son savoir et ses compétences disparaissent avec lui, et l'entreprise peut mettre plusieurs mois voire années à absorber son départ. Bernard Loiseau était l'un de ses dirigeants, à tel point que son entreprise portait son nom. Son décès, brutal, a failli condamner son entreprise, mais ses équipes, suffisamment formées, ont pu se relancer.

Autant Bill Gates a pris beaucoup de recul avec Microsoft, autant Steve Jobs était encore, avant son décès, très impliqué dans les développements d'Apple. Il fut notamment l'instigateur de l'iMac, de l'iPhone ou encore de l'iPad. Autant de concepts innovants dont il avait favorisé l'éclosion. Sa très grande capacité d'innovation était reconnue de toute la profession. Son décès, en octobre 2011, a laissé un grand vide dans l'industrie mondiale, mais aussi dans son entreprise, Apple. Certains se demandent si sa vision du futur ne va pas manquer à l'entreprise dans les années à venir.

Composition du capital
Les dirigeants fondateurs ont souvent une part importante du capital de l'entreprise. De quelques pourcents à une majorité absolue, le capital est souvent impact par le décès d'un dirigeant fondateur. Le dirigeant gestionnaire n'a lui, bien souvent, qu'une part relativement faible du capital. Ainsi le décès d'Eugène Schueller, mort en 1957, fondateur de L'Oréal, fait encore parler de lui de nos jours.

La bataille des héritiers peut amener jusqu'à la scission de l'entreprise, voire à sa liquidation pure et simple. Un dirigeant fondateur avec 51% du capital a toutes les possibilités pour imposer sa stratégie. Au contraire, trois héritiers disposant chacun de 17% du capital pourront multiplier les alliances avec d'autres actionnaires pour obtenir une nouvelle majorité. Un actionnaire, autrefois minoritaire, peut devenir ainsi premier actionnaire, et définir la nouvelle stratégie de l'entreprise. Rapidement les héritiers devront se mettre d'accord afin d'éviter les écueils.

Nature du décès
Les conséquences dépendent donc grandement du dirigeant lui même, mais pas seulement. La nature de son décès influence aussi l'impact sur la société. Reprenons le cas de Steve Jobs. Depuis plusieurs années, la communauté financière connaissait sa maladie. Il a multiplié les soins et les rechutes. C'est triste à dire, mais son décès était presque déjà incorporé dans les cours au moment de son annonce. Ainsi, au jour de son décès, après une longue maladie, le cours de bourse n'a quasiment pas réagi.

Un décès plus brutal peut au contraire avoir des conséquences directes et rapides sur le cours de bourse. En cas d'accident, le décès du dirigeant surprend toute la communauté financière, et les surréactions sont fréquentes. Pendant les premières minutes, le cours peut dévisser fortement. Il peut être ainsi utile pour l'entreprise de demander la suspension de son cours au moment de l'annonce, et ainsi de laisser une séance aux investisseurs pour qu'ils puissent évaluer plus correctement la situation. La société de Bernard Loiseau avait ainsi vu ses cours suspendus sur le Second Marché. Plus récemment, le décès de Christophe de Margerie, président de Total, dans un accident d'avion, s'est lui traduit par une hausse du cours de 3%. Le cours n'a pas été suspendu. Bien que très apprécié, il restait avant tout un patron gestionnaire.

Beaucoup plus rarement le décès peut aussi être provoqué. Il peut s'agir d'un suicide, ou encore d'un meurtre comme Georges Besse en 1986, alors président de Renault, par Action Directe. L'impact dépendra alors des raisons de ce meurtre ou de ce suicide.

Bien plus rarement, le décès peut se produire dans des circonstances qui touchent directement l'entreprise. Ainsi, le millionnaire Jimi Heselden est décédé en 2010 en pilotant un engin électrique, le Segway. Il était devenu quelques mois plus tôt, le propriétaire de Segway. La société a du alors supporter d'une part de le décès de son propriétaire, mais aussi expliquer que son engin n'était pas si dangereux que cela. L'image de marque avait été écornée par ce décès.

Succession
Une fois le décès constaté, l'entreprise n'a plus qu'une chose à faire, et très rapidement, trouver un successeur à ce dirigeant. Dans le cas où le décès était attendu (âge avancé, longue maladie), le dirigeant lui même a pu mettre en place un dauphin. Pendant plusieurs années, il a évolué au sein de la société, et a progressé les échelons, sous la bienveillance du dirigeant de l'époque. La communauté financière le connaît, les salariés aussi, et il a déjà commencé à faire ses preuves au sein de l'entreprise. La succession n'en est alors que plus simple. Tout naturellement il remplacera le dirigeant décédé.


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Au contraire, en cas de décès brutal, et si le dirigeant n'a nullement prévu sa succession, le conseil d'administration se devra de trouver très rapidement un dirigeant. D'abord un dirigeant intérimaire, puis un dirigeant à plus long terme. Un vice-président ou un directeur général adjoint fait souvent office de dirigeant par intérim en attendant la nomination d'un autre dirigeant. Le conseil d'administration devra choisir avec soin et rapidement ce successeur. Il pourra venir de l'extérieur de l'entreprise, ou au contraire avoir été formé en son sein. Les possibilités sont multiples mais la personnalité du dirigeant sera étudiée avec soin.

Comme vous avez pu le lire, le décès d'un dirigeant n'est en rien un événement anodin pour l'entreprise. Il peut même mettre en péril la survie de la société, à plus ou moins long terme. En préparant au maximum sa succession, la société n'en sera que plus sereine au moment d'un éventuel décès, attendu, ou non.