Analyse fondamentale


Compte de résultats, un état des lieux des produits et charges

La comptabilité représente le monde du formalisme par excellence. Tout est précisé, tout est décrit, tout doit répondre à des règles strictes sans quoi la valorisation même de l'entreprise pourrait en être modifiée lourdement. Une mauvaise affectation et le résultat net de l'entreprise en sera modifié, et avec lui, la capitalisation boursière de cette dernière. La comptabilité se doit donc d'être rigoureuse. Des sanctions financières et des poursuites pénales sont ainsi prévues pour qui manipuleraient sa comptabilité.

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La comptabilité est fan des documents de synthèse. Ils permettent aux investisseurs, aux clients, mais aussi aux organismes sociaux et fiscaux, d'avoir une image à un instant t du patrimoine et de l'activité de l'entreprise. Ainsi, chaque année, l'entreprise communique au greffe du Tribunal de Commerce, son bilan, son compte de résultats mais aussi ses annexes, détaillant chacun de ces éléments. Alors que le bilan représente le patrimoine, le compte de résultats permet d'avoir une vision globale de l'activité de l'entreprise au cours de l'exercice passé -l'exercice désigne le plus souvent une année civile de 12 mois, débutant le 1er janvier et clôturant le 31 décembre-.

Le compte de résultats regroupe les grands postes comptables liés à l'activité de l'entreprise. Il s'agit là de l'activité au sens large, et non seulement du coeur du métier de l'entreprise. Ainsi, certes le chiffre d'affaires est présent dans le compte de résultats, mais aussi les intérêts versés aux banques ou encore les produits exceptionnels liés à une indemnité d'assurance reçue après un incendie par exemple. Une étude attentive du compte du résultats pourra vous aider à valoriser au mieux l'entreprise.

Sommaire

  1. Produits d'exploitation
  2. Charges d'exploitation
  3. Résultat d'exploitation
  4. Résultat financier
  5. Résultat exceptionnel
  6. Impôt sur les sociétés
  7. Résultat net

Produits d'exploitation
Il s'agit là du poste le plus connu. Pour la majorité des entreprises, il doit représenter le poste le plus important du compte de résultats. Les produits d'exploitation désignent d'une part la production vendue, et les prestations de services. Une entreprise industrielle verra son chiffre d'affaires ou CA composé exclusivement ou presque de production vendue. Au contraire, une SSII vendra principalement des prestations de services. La décomposition du CA permet ainsi facilement à l'investisseur de savoir s'il s'agit d'une entreprise industrielle ou du secteur tertiaire.
L'évolution du chiffre d'affaires doit être étudiée avec soin. Il se décompose aussi en CA France, CA Europe, et CA Reste du monde. La hausse d'une zone géographique peut masquer la baisse d'une région plus rentable. Mais globalement la hausse du chiffre d'affaires est une bonne nouvelle pour l'entreprise. Toutefois, si la hausse est inférieure à la hausse du secteur d'activités dans son ensemble, l'entreprise perd des parts de marché et ceci risque de se retrouver dans les années à venir sur la rentabilité.

Charges d'exploitation
Ces charges désignent l'ensemble des coûts supportées par l'entreprise pour générer les produits d'exploitation. Cela va des trombones, aux différentes taxes en passant par la matière première ou encore les charges salariales. C'est un poste essentiel et il doit être maîtrisé au plus juste. Il est en effet bien plus rentable pour une société de diminuer ses coûts que d'augmenter ses produits.

Les charges d'exploitation sont multiples. Il s'agit ainsi des :

- Achats consommés : que ce soit les matières premières qui concourent à la production d'un bien, ou du trombone utilisé dans le service administratif, tous ces biens ont vocation à disparaître et donc à être utilisés;

- Charges externes : l'entreprise ne peut tout faire elle même. Elle délègue beaucoup à des entreprises extérieures. Ainsi les loyers ou encore les honoraires d'avocats font partis de ces charges externes. Les charges externes peuvent se révéler très élevées pour les entreprises ayant choisi d'externaliser fortement plusieurs divisions clés. Ainsi certaines sociétés externalisent la gestion des payes à des sociétés spécialisées;

- Charges de personnel : le personnel est une richesse importante pour une société mais c'est aussi un coût non négligeable. Ainsi dans les entreprises de main d'oeuvre, les charges de personnel peuvent représenter jusqu'à 70-80% du chiffre d'affaires. De nouvelles cotisations sociales, ou des embauches mal maîtrisées et la hausse de la masse salariale risque de ne plus être compensée par la hausse du chiffre d'affaires. Ce poste devra donc être suivi avec soin par le dirigeant pour éviter d'éventuels plans sociaux dans l'avenir;

- Impôt et taxes : ce poste est relativement faible car il ne s'agit là que de regrouper la Contribution Economique Territoriale ou encore les taxes payés à la Sacem. L'impôt sur les sociétés se retrouve lui en bas du compte de résultats, et les charges sociales sont incluses dans les charges de personnel;

- Dotations aux amortissements : lorsqu'une entreprise investit, elle ne diminue pas, dès la première année, le montant de la machine achetée. Elle répartit ce montant sur plusieurs années. C'est ce que l'on appelle les amortissements. Une machine outil pourra ainsi être amorti sur 7 à 10 ans. Chaque année, 1/7ème du montant de la machine sera déduit du résultat. Une société avec de très fortes dotations aux amortissements est une société qui a investi fortement pour améliorer sa productivité. Au contraire, une société où les dotations sont en baisse, verra son résultat net augmenter mécaniquement mais pour une diminution de la rentabilité à long terme. En effet, les machines s'usant, la productivité décroîtra. Ne plus investir est une mesure très efficace à court terme pour gonfler ses bénéfices, mais dévastatrices à long terme pour l'entreprise;

- Autres charges : D'autres charges peuvent enfin être liées directement à l'exploitation de l'entreprise comme le paiement de redevances ou encore les jetons de présence distribués lors des assemblées générales aux administrateurs. Mais ces charges restent bien inférieures aux charges définies plus haut. Toutefois des jetons de présence trop élevés peuvent provoquer une incompréhension vis à vis des actionnaires.

Les charges d'exploitation se doivent donc d'être étudiées avec soin, même si globalement elles n'augmentent pas. En effet, une hausse des charges de personnel peut être masquée par une baisse des dotations aux amortissements. Tous ces éléments peuvent influencer grandement la productivité, et la rentabilité de l'entreprise à moyen terme.

Résultat d'exploitation
C'est l'essence même du métier de l'entreprise. C'est sur ce résultat que devra se focaliser toute votre attention. Le résultat d'exploitation doit rester stable ou s'accroître avec le temps au moins au même rythme que le chiffre d'affaires. Une amélioration de la productivité et le résultat d'exploitation verra sa croissance dépasser celle du chiffre d'affaires. Au contraire, une rentabilité en baisse et les marges de manoeuvre du groupe s'en verront réduites. Le résultat d'exploitation est le véritable coeur de métier de la société. Il se calcule en soustrayant des produits d'exploitations, les charges d'exploitations. Des charges mal maîtrisées, un chiffre d'affaires en berne ou encore des frais de stocks trop élevés, et c'est toute l'entreprise qui est mise en péril. Un résultat financier négatif peut entraîner la restructuration financière de l'entreprise. Un résultat d'exploitation en déconfiture et c'est toute l'entreprise qui devra être restructurée pour retrouver la rentabilité perdue.

Résultat financier
La plupart du temps le résultat financier est négatif. Cela signifie que les charges financières sont supérieures aux produits financiers. Dans la plupart des entreprises, les charges sont plus élevées car elles sont liées aux intérêts d'emprunts de l'entreprise. L'entreprise emprunte en effet plus qu'elle ne place. Que ce soit des emprunts à long terme ou des découverts bancaires, les intérêts financiers peuvent obérer une large part du résultat d'exploitation de l'entreprise. Le dirigeant doit constamment jongler entre une rentabilité financière élevée, et un endettement non handicapant. Toutefois, certains secteurs d'activités voient leur résultat financier afficher de lourds bénéfices. Ce fut notamment le cas des entreprises de la grande distribution dans les années 90. Ces derniers bénéficiaient d'un besoin en fonds de roulement négatif qu'il plaçait en sicav monétaires, à court terme, très rémunératrices. Le résultat financier pouvait alors représenter une grande part du résultat net des sociétés.

Résultat exceptionnel
Alors que le résultat d'exploitation est lié au métier de l'entreprise, à son activité au quotidien, le résultat exceptionnel correspond à des produits et charges qui n'ont pas vocation à être récurrents, à se répéter. Vendre des produits est une activité récurrente pour l'entreprise. Un incendie qui a détruit la totalité d'un entrepôt et qui se traduit par le versement d'une indemnité d'assurances n'est en rien un évènement récurrent. Cet évènement non prévu est totalement exceptionnel et ne sera pas répété l'année suivante. Il devra donc être déduit du résultat net si vous souhaitez comparer le résultat net d'une année sur l'autre, ou même si vous souhaitez utiliser le résultat net pour calculer un PER. Certains résultats exceptionnels positifs masquent un résultat d'exploitation en forte chute. Il faut alors étudier avec soin ce poste comptable.

Impôt sur les sociétés
Contrairement à ce que le commun des mortels peut penser, l'impôt sur les sociétés ne repose pas sur un résultat comptable. L'impôt sur les sociétés repose en réalité sur un résultat fiscal. La différence peut être importante entre le résultat fiscal et le résultat comptable. Les différences résident dans les réintégrations, et les déductions fiscales. En effet, l'Etat peut décider de favoriser tel ou tel investissement, et pour se faire accorde des avantages fiscaux aux entreprises. Le fisc peut aussi considérer que telle ou telle dépense n'est pas justifiée, et obligera donc à la réintégrer pour ne pas bénéficier d'une baisse d'impôts. De fait, il ne suffit pas d'appliquer un simple taux d'imposition sur le résultat comptable de l'entreprise pour déterminer l'impôt sur les sociétés. Le calcul est bien plus complexe.

Résultat net
Le résultat net est le solde ultime de tout compte de résultats. Il représente les produits déduits de l'ensemble des charges, impôt sur les sociétés compris. Ce résultat net est scruté par les investisseurs, les clients mais également les salariés de l'entreprise. Une chute du résultat net peut autant inquiéter le salarié qui a peur pour la bonne santé de l'entreprise, que le banquier qui a peur de ne pas se faire rembourser des emprunts contractés. Le résultat net peut facilement être, non pas manipulé, mais tout du moins orienté pour s'afficher plus ou moins en hausse.
Le résultat net ne doit donc pas être pris comme une donnée parfaite qui ne souffre aucune erreur. De nombreux retraitements sont nécessaires pour que ce dernier puisse être comparé, ne serait-ce que d'une année sur l'autre au sein de la même entreprise. Soustraire le résultat exceptionnel est ainsi une pratique systématique. Il faut aussi tenir compte d'un éventuel changement de périmètre. Si la société a racheté un concurrent au cours de l'année, il y a fort à parier que le résultat net augmentera fortement. La comparaison devra donc se faire à périmètre constant.


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Le compte de résultats est tout autant un outil à destination du management de l'entreprise, qu'une image à l'instant t de l'efficacité économique de la société. Chacun pourra y déceler des éléments relatifs à sa propre vision de l'entreprise. Le banquier constatera une éventuelle envolée des intérêts financiers alors que les syndicaux y trouveront une modération salariale exagérée. Quant à vous, vous pourrez y déceler une opportunité d'investissement intéressante.