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Comment tout perdre en bourse ?

Bourse pratique

Certaines règles de bon sens ne doivent pas être oubliées lorsque l'on agit sur les marchés financiers. L'interviewé présenté ci-dessous a perdu la totalité de son portefeuille boursier en moins de trois mois. Il nous semblait intéressant de consacrer un article sous forme d'entretien à ce qui peut arriver à tous. En effet, gagner en bourse semble si facile quand on lit certains sites, qu'il faut aussi rappeler qu'on peut aussi tout perdre.


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L'entretien est dirigé en 2001 par l'équipe d'Edubourse auprès de Sébastien Dufil (fondateur de ce site) qui n'a pu suivre ses propres conseils.

Edubourse : Pouvez vous nous décrire rapidement votre situation financière actuelle en bourse ?
Sébastien Dufil : C'est assez simple en fait. La totalité de mon portefeuille titres a été totalement liquidée, et un peu plus encore. (ndlr : Sébastien Dufil n'a en 2017 toujours pas repris le chemin de l'investissement en Bourse).

E : En d'autres termes vous avez perdu la totalité des sommes que vous aviez investi en bourse ?
SD : Oui. Et même un peu plus vu que j'ai du en rajouter pour éviter d'être à découvert. (ndlr : à l'époque les brokers en ligne étaient bien moins regardant en terme de couverture. Les systèmes permettaient des dépassements bien plus aisément que maintenant).

E : En combien de temps tout ceci s'est passé ?
SD : En seulement 3 mois. Bref depuis le début juillet avec la baisse des marchés financiers.

E : Mais comment peut on tout perdre ? Tant que vous ne vendez pas, vous ne perdez pas ? Et l'investissement sur les actions à long terme est le plus rentable.
SD : Le problème c'est que j'utilisais le levier 5 sur le RM (ndlr : feu acronyme du Règlement Mensuel, remplacé partiellement par le SRD ou Service de Règlement Différé). J'investissais 5 fois plus que je n'avais en liquidité.

E : Pourriez vous nous décrire la façon exacte avec laquelle tout ceci s'est produit ?

SD : C'est un cas typique de trop grande confiance en soi, et d'une volonté de ne pas perdre en fait. Début juin, je liquide la totalité de mon portefeuille pour changer d'intermédiaire financier. Durant cette période, j'avais la possibilité de suivre la bourse en temps réel. Je décide donc en attendant l'ouverture du nouveau compte, de faire des intradays sur les valeurs ayant fortement baissé. Ma sélection était simple. Acheter des valeurs qui avaient perdu plus de 7 % la veille, et qui reperdait encore plus de 7 % dans la journée. Cette stratégie a été profitable un petit moment. Tout ce que j'achetais, me faisait gagner, et en plus dans une période où la bourse commençait sérieusement à chuter. J'ai ainsi fait quelques aller / retour sur Ericsonn, Kingfischer ou bien encore Bull.

Mais la machine s'est grippée à partir de Kingfischer. C'était en fait un avertissement que j'ai pas suivi. Après un achat pour environ 50 KF de Kingfischer, la valeur reperd 6% le lendemain. Il faut savoir que dans le cas d'intradays, dès que la valeur réalisait un + 2 %, je vendais. Ici j'étais déjà à - 6% sans compter les frais. Deux possibilités : vendre à perte, ou tripler la ligne. J'ai pris la mauvaise décision, j'ai triplé la ligne à 42 frs, plus bas de l'année à l'époque. La valeur rebondit en deux jours, et je réalise une très jolie plus value, mais j'avais pris la décision de tripler la ligne ! Décision qui me sera fatale par la suite.

Toujours en suivant la même stratégie, j'achète du Arjo Wiggins après une forte chute.

Après quelques jours de stabilisation, la valeur repart à la baisse. Au lieu de renforcer ma ligne je décide de couper mes pertes en vendant la moitié de ma position. Idée intéressante mais c'est la totalité de la position qui aurait du être vendue. C'est à partir de Arjo que les problèmes ont commencé. Je me retrouvais en levier 5 avec un valeur qui était en perte et dont je ne voulais pas me débarrasser totalement. Bref j'étais condamné à conserver une valeur alors que l'effet de levier interdit la conservation des titres. C'est de l'ultraspéculatif.

Ensuite je me positionne sur Technip à 600 et Vallourec à 340. Le tout pour jouer une reprise technique et une remontée des cours du pétrole. Le problème c'est qu'au bout d'une semaine la reprise n'avait pas eu lieu. C'est à ce moment là que j'aurai du vendre.

Le fait de conserver des titres ne cadrait pas avec la volonté de profiter d'un rebond technique. Il se produit tout de suite ou jamais. Et là c'était plutôt jamais. Vallourec chute de 10%. Même raisonnement que pour Kingfischer, je double la ligne. Erreur fatale ! Le lendemain elle reperd 10%. Je suis affolé, je ne veux pas vendre à perte pour éviter de perdre tous les gains de l'année, et surtout aussi parce que je n'ai jamais pris une perte aussi importante. Deux jours plus tard, Technip suit le même chemin et s'effondre lui aussi.


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Un mois et un report plus tard (ndlr : reporter un titre consistait à prolonger sa position sur le RM un mois supplémentaire), Technip et Vallourec sont au fond du gouffre. Idem pour Arjo dont je regrette de ne pas avoir vendu la totalité de ligne. Plus les jours passaient, plus je perdais. J'avais pensé à une solution de secours qui m'avait déjà sauvé la mise pour Dexia. Vendre les actions et acheter des call warrants. Effet de levier élevé mais sans les pièges du report. Le problème c'est qu'avec des titres en chute libre, mon levier ne cessait d'augmenter.

Le jour de la baisse d'Alcatel de 40% (ndlr : le titre Alcatel s'est effondré de 37,8% en clôture le 17 septembre 1998), je me suis dis que c'était l'occasion du siècle pour se refaire. Je revends la totalité de mes Technip et Vallourec, et décide d'acheter en masse de l'Alcatel, réparti comme suite 530, 544, 580, 650. Plus ça baissait plus je renforçais. Le jour de liquidation ne pouvant effectuer le report pour manque de liquidités, je décide de lever les titres en espérant les revendre avant la fin du mois civil en règlement immédiat. Grave erreur : les titres levés ne le sont qu'à la fin du mois et non le jour de la liquidation. Le lendemain de la liquidation j'essaye de passer un ordre de vente sur ma position en Alcatel : la valeur est en forte hausse par rapport à la veille à 600 frs. Mais je ne peux les vendre en RI. Je décide de reporter mon achat au 1er du mois. Mais le titre s'effondre et je les vends en catastrophe le 1er du mois à 486 frs par action contre un prix de revient à 580 frs. En voulant me refaire j'ai aggravé la perte.

E : Quels sont les pièges que vous éviterez la prochaine fois ?
SD : Pas d'effet de levier sur le RM. Préférez les warrants au levier. La mise de départ est beaucoup plus faible. Ne jamais se renforcer. Ne pas faire les choses à moitié : couper ses pertes en totalité et pas seulement partiellement. Et surtout être prêt à perdre une petite fortune pour éviter d'en perdre une énorme.

E : Une petite phrase de conclusion pour terminer cet entretien ?
SD : La bourse est un investissement de long terme. Warren Buffet l'a bien compris. Et ce n'est pas en "jouant" sur le court terme que l'on fait fortune, c'est plutôt celui qui investit sur 10 ans. Imaginez simplement si vous aviez acheté des actions de Microsoft il y a 10 ans ! (ndlr : un meilleur exemple serait désormais Google lors de son introduction)

Investir en bourse ne sera jamais une aventure sans risque. L'investissement en lui même est constitué de risques. Sans ces risques, point de rentabilité. Toutefois, en vous réfugiant derrière quelques règles simples, vous serez plus à même d'éviter la ruine boursière et pourrez profiter de vos plus values boursières même si elles n'arrivent que sur la durée.