Crise financière de 2008



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Chaîne de Ponzi ou la vente pyramidale appliquée à l'épargne

Qu'on le nomme chaîne de Ponzi, Pyramide de Ponzi, jeu de Ponzi ou encore Dynamique de Ponzi, le principe de la vente pyramidale appliquée à l'épargne reste une escroquerie. L'objectif est d'attirer des investisseurs en leur proposant un rendement supérieur au marché. Les revenus perçus par les investisseurs proviennent en réalité des sommes d'argent versées par les nouveaux investisseurs. Les nouveaux financent les anciens.

Charles Ponzi a donné son nom à cette escroquerie célèbre. En 1921, à Boston, cet américain devient millionnaire en quelques mois en promettant des rendements mirifiques à de petits investisseurs. Il affirme pouvoir générer 40% de profitabilité sur 90 jours en spéculant sur ce que l'on nomme à l'époque les International Postal Reply Coupons. Afin de faciliter les échanges de courriers, le 1er octobre 1907 a vu la création des coupons réponses internationaux. L'expéditeur pouvait alors joindre à son courrier le timbre pour la réponse. Ce dernier pouvait alors être échangé contre des timbres locaux. Tant que la parité restait fixe entre chaque pays, il ne pouvait y avoir arbitrage mais après la première guerre mondiale, il était devenu possible de spéculer sur un simple timbre. Toutefois, les rendements proposés par Charles Ponzi étaient très largement supérieurs aux gains que pouvaient générer une telle activité.

L'escroquerie de Charles Ponzi ne reposait pas tant sur les rendements de 40% annoncés, mais plutôt sur son incapacité connue dès l'origine à les atteindre. Ne pouvant générer de tels rendements, la seule façon de payer les intérêts dus étaient d'utiliser l'argent des nouveaux investisseurs. Prenons l'exemple d'un investisseur qui aurait investi 1.000$ dans le système Ponzi en réinvestissant la totalité des plus-values perçues. Au bout d'une année entière, son compte présentait la somme de 3.841,60$. Une somme rondelette pour l'époque. L'argent n'ayant pas été investi, ou avec des rendements bien plus faibles, Charles Ponzi se devait donc de trouver quelques 2.841,60 $ supplémentaires si l'investisseur souhaitait clôturer son compte au bout d'un an. Le seul moyen de rembourser l'investisseur était donc de trouver 3 autres investisseurs qui apporteraient les 3.000 $ nécessaires. La pyramide de Ponzi a donc un fonctionnement qui implique que le nombre de nouveaux investisseurs évolue à un rythme exponentiel pour subvenir aux besoins de capitaux des premiers investisseurs.

Un total de quelques 40.000 personnes ont été flouées dans l'affaire Ponzi. Ils avaient investi quelques 15 millions de $, soit 375 $ par investisseur. Ces derniers n'auraient récupéré qu'un tiers de leur mise de départ. Le jeu de Ponzi s'est rapidement effondré à cause notamment du rendement annoncé. Plus le rendement est élevé, plus les besoins en capitaux sont élevés, et à terme, si l'ensemble de la population mondiale investissait, cela ne suffirait plus à couvrir les besoins en capitaux. La Pyramide de Ponzi s'effondre donc au moment où la source des nouveaux investisseurs se tarit. Cette source peut se tarir à cause du bouche à oreille -difficulté des anciens investisseurs à récupérer leur mise et ils le font savoir- mais aussi à cause d'un tarissement plus naturel -il n'est pas forcément aisé de trouver de nouveaux investisseurs-. La chaîne coupée, la bulle spéculative qui s'est formée éclate et les investisseurs comprennent que leur investissement n'était qu'illusoire. Il suffit d'un faible nombre d'investisseurs retirant au même moment leur argent pour faire s'effondrer le système. Les chaînes de Ponzi s'effondrent donc souvent au moment des crises financières.

Charles Ponzi a certes inventé le concept de la vente pyramidale à destination de l'épargne, mais ce n'en fut pas le plus grand "gagnant". En effet, des exemples récents ont montré que ce système pourtant interdit était pratiqué par des financiers que l'on pensait au dessus de tout soupçon. L'exemple le plus frappant est celui de Bernard Madoff. Ce dernier a développé une chaîne de Ponzi sur près de 50 années, de 1960 à la crise financière de 2008. Lors de toute crise, beaucoup d'investisseurs souhaitent sécuriser leur patrimoine et retirent donc leur argent des fonds. Or Bernard Madoff s'est rapidement trouvé dans l'impossibilité de rembourser ses clients, d'autant plus que les flux de nouveaux investisseurs s'étaient taris. Le système s'est écroulé entrainant avec lui la ruine de nombreux investisseurs. Bernard Madoff a su faire perdurer son système autant d'années à cause de rendements annoncés légèrement supérieurs au marché. Il ne promettait pas 40% sur 90 jours, mais plutot 8-12% sur un an. De plus, Bernard Madoff était un financier très réputé. La réputation et la confiance sont primordiales dans le monde financier.

L'Albanie et ses épargnants a vu aussi une chaine de Ponzi à grande échelle. Le système financier s'est effondré en février 1997 après que plusieurs sociétés financières aient fait faillite. Ces dernières pratiquaient la vente pyramidale. Il en fut de même en novembre 2008 en Colombie. 500.000 colombiens ruinés et 670 millions d'euros dilapidés. La société phare du système : Proyeccionnes DRFE pour Dinero rapido, facil y en efectivo (Argent rapide, facile et en liquide). En février 2009, un japonais, Kazutsugi Nami s'est lui concentré sur les investissements de plus de 100.000 yens en promettant des taux de 36% grâce au développement d'une monnaie virtuel, le Enten. Tellement virtuel que les épargnants n'ont jamais revu leur argent. Le même mois, Allen Stanford était poursuivi pour avoir fait disparaitre 6,8 milliards d'euros appartenant à 50.000 épargnants au sein de la Stanford International Bank. Les High Yield Investment Program sont aussi montré du doigt. Des rendements fabuleux proposés le plus souvent via internet et qui se révèlent le plus souvent des escroqueries. Plus récemment, les chaînes de Ponzi ont été découvertes dans des placements de retraite. Les sommes étant placées sur de longues périodes, l'escroc peut attirer de nouveaux investisseurs sans crainte de voir les anciens retirer leur argent. Mais au moment de l'âge de la retraite, les investisseurs voient que leur épargne a disparu.


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La crise financière de 2008 a montré les très grosses lacunes en matière de protection des épargnants, et ce quelque soit le pays. La France interdit la vente pyramidale depuis 1953 et l'article L122-6 du Code de la Consommation, mais rien ne dit qu'un scandale à la Madoff ne puisse se produire sur le sol français. Il convient toutefois de remarquer que ce type de systèmes n'est pas proposé par des banques mais plutôt par des organismes financiers ne disposant pas de la moindre garantie financière.