Matières premières


Caoutchouc, une matière pas si naturelle

Le caoutchouc a une histoire ancienne. Elle remonte a bien avant la découverte et l'exploration de l'Amérique par les européens. En effet, à cette époque, les peuples amérindiens utilisaient le caoutchouc dans le domaine du moulage par exemple. Mais les utilisations possibles étaient très limitées. La découverte de ce produit, issu le plus souvent des hévéas, n'a pas déchaîné les passions.

En effet, le caoutchouc naturel non travaillé est cassant à froid et poisseux à chaud. Il résiste mal aux écarts de températures. Toutefois plusieurs découvertes laissaient à présager un bel avenir. En 1770, le caoutchouc se découvre des vertus de gommes à effacer. En 1783, il est utilisé comme vernis pour un ballon, et en 1826, Faraday travaille déjà sur un caoutchouc synthétique qui ne prendrait plus son origine dans le monde végétal (hévéa le plus souvent) mais dans le combustible fossile. Mais bien que le caoutchouc intéresse, ses utilisations restent limitées. Jusqu'à ...

... la mise en place d'un procédé destiné à améliorer les qualités du caoutchouc. Celui qui n'était alors qu'une matière qui cassait au froid, voit sa résistance aux écarts de températures sensiblement améliorée. Un certain Charles Goodyear invente la vulcanisation en 1842. Il s'agit d'incorporer dans le caoutchouc des particules de soufre. Tout un nouveau champ de recherche s'ouvre alors, et les inventions s'enchaînent.

En 1868, le pneu plein pour vélocipède voit le jour. En 1887, un désormais célèbre Dunlop invente le tube souple gonflé, remplaçant en cela le pneu plein, et dépose un brevet sur un pneu à valve dès 1888. Il ne manque plus que la marque au Bibendum. Michelin crée en 1892, le pneu démontable pour les voitures. Le caoutchouc a enfin trouvé son utilité parfaite : le pneu. Les années et décennies suivantes ne seront qu'une série d'améliorations de la vulcanisation et de la résistance des pneus à tous les climats. Le caoutchouc suit alors le boom de l'industrie automobile, et la production ne cesse de se développer.

Le monde se crée une nouvelle dépendance, une dépendance aux pneus. Mais bien que le caoutchouc synthétique ait fait son apparition en 1826 sous l'impulsion de Faraday, c'est la Seconde Guerre Mondiale qui a permis son développement. En effet, les deux belligérants principaux se devaient de résoudre un problème commun : le manque de caoutchouc. Pour les Etats-Unis, ils étaient dans l'impossibilité d'importer le latex provenant des pays d'Extrême Orient, principaux producteurs mondiaux. Et pour l'Allemagne, le pays était sous embargo, et il ne disposait pas des ressources localement. De fait, une fois de plus, en tant de guerre, les chercheurs ont amélioré très nettement le caoutchouc synthétique. Alors certes, il est reconnu comme moins résistant que le caoutchouc issu de l'hévéa, mais il est aussi plus facilement disponible quand on ne dispose pas des ressources naturelles nécessaires.

Aujourd'hui le caoutchouc synthétique représente 58% de la production totale, estimée à 29 millions de tonnes pour 2014. La production de caoutchouc naturel provient quant à elle quasi exclusivement d'Extrême Orient, avec des pays comme la Thaïlande, l'Indonésie ou la Malaisie. Des pays producteurs représentant 90% de la production de caoutchouc naturel se sont regroupés sous l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel. La Chine est le premier transformateur (et acheteur) mondial de caoutchouc avec 39% de parts de marché. Cela va de paire avec son industrie. L'Europe des 28 ne transforme que 12% du caoutchouc mondial. Les Etats-Unis 10%. La France en consomme quant à elle 374.000 tonnes. Cette consommation pose toutefois des problèmes écologiques car le pneu est très peu recyclable.

Le pneu reste le principal débouché du caoutchouc et donc du latex dans le monde (90% du latex est utilisé pour les pneus). Mais on retrouve aussi le caoutchouc dans certains câbles informatiques, la médecine ou encore le sport. Le revêtement de certaines raquettes par exemple. Mais le marché du caoutchouc reste dépendant de deux facteurs. D'une part, la demande mondiale en matière d'automobiles. Quand une voiture est vendue, elle l'est le plus souvent avec 5 pneus. D'autre part, le prix du pétrole. Le caoutchouc synthétique utilisant le pétrole dans son procédé, des changements dans les prix du pétrole entraîne des changements dans le prix du caoutchouc.



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Cette double dépendance explique la forte volatilité du caoutchouc depuis le début du siècle. La forte montée du cours du caoutchouc s'est expliquée par l'envolée des prix du pétrole, et la baisse depuis 2008, s'explique doublement par la crise que subit le secteur automobile mais aussi par l'effondrement des cours du pétrole. Le prix du caoutchouc a ainsi été divisé par plus de 4 entre 2008 et 2015.

Quand les prix baissent ainsi, il est d'usage que la production suive la tendance, et baisse aussi. C'est le cas de la sidérurgie notamment où les aciéries ferment définitivement ou temporairement lors de baisse de la consommation. Mais ce phénomène n'est pas aussi évident pour le caoutchouc. La production reste en effet relativement stable, et la demande chutant, la production est excédentaire depuis 2011, avec toutes les conséquences que cela peut signifier sur le cours. Une reprise mondiale du secteur automobile ne se traduira donc pas obligatoirement par une hausse des cours. Il faudra d'abord compenser cette production excédentaire.

A ce jour, il est possible de spéculer sur le caoutchouc sur plusieurs marchés boursiers. On peut citer le Tokyo Commodity Exchange ou TCE, mais aussi le Osaka Mercantile Exchange ou encore le Shanghai Futures Exchange. Il peut ainsi être intéressant d'investir sur le long terme pour jouer la reprise du secteur automobile.