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Affaire Adidas : Pourquoi le contribuable doit payer ?

En 2008, le Tribunal arbitral qui a rendu son jugement dans le cadre de l’Affaire Adidas a été mis sous les feux des projecteurs après que le montant de l’amende du CDR fut connu. En effet, ce n’est pas moins de 285 millions d’euros (hors intérêts) que devront verser le CDR au groupe Bernard Tapie Finance. Cette somme n’a rien de surprenante dans le secteur financier tant les sommes en jeu sont conséquentes. La question que se pose bons nombres de français est plutôt : Pourquoi le contribuable doit payer les erreurs du Crédit Lyonnais ? La réponse se trouve dans l’histoire du Crédit Lyonnais.

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L'Histoire du Crédit Lyonnais est ainsi très liée à l'Etat, et plus précisément à la façon de gouverner. En effet, le Crédit Lyonnais a souvent été le bras armé de l'Etat industriel.

Histoire du Crédit Lyonnais

Créé en 1863 à Lyon par Henri Germain, qui a fait fortune dans la soie, et plusieurs associés que sont Arlès-Dufour, Paulin-Tabalot et Enfantin, le Crédit Lyonnais est la première banque à voir le jour sans autorisation gouvernementale. La banque est destinée à canaliser l’épargne des français vers l’industrie et les marchés financiers, encore au stade embryonnaire à l’époque. La banque se développe vite et installe son siège social à Paris en 1882. Deux ans plus tôt, le Crédit Lyonnais est devenu la première banque française. Et en 1900, une chose qui parait inconcevable aujourd’hui, le Crédit Lyonnais devient la première banque mondiale en termes de total de bilan. La banque est à son apogée.

45 ans plus tard, la seconde guerre mondiale a détruit le tissu industriel et financier français. Une grande vague de nationalisations est lancée par le gouvernement de l’époque. L’objectif est simple : reconstruire le pays ravagé par plusieurs années d’occupation. Le Crédit Lyonnais n’est pas oublié dans ces opérations capitalistiques. Le capital du Crédit Lyonnais est donc détenu dès le 2 décembre 1945 par l’Etat français. En 1973, le capital du Crédit Lyonnais s’ouvre à son personnel mais les nationalisations de 1982 replacent entièrement le Crédit Lyonnais dans le giron de l’Etat. François Mitterrand décide en effet de nationaliser de grands pans de l’économie française, et les banques n’en sont pas exemptes. Ces nationalisations critiquées permettront de juguler l’épargne des français pour aider aux forts besoins financiers des entreprises publiques récemment nationalisées. L’arrivée de Jacques Chirac comme premier ministre en 1986 se traduit par l’annonce de la possible privatisation du Crédit Lyonnais. La banque devient une « entreprise privatisable ». Mais l’opération ne pourra se faire… au grand dam des français.

Le tournant des années 90


Au début des années 90, dirigé par Jean Yves Haberer, le Crédit Lyonnais se lance dans la banque-industrie. La banque ne se contente plus de canaliser l’épargne des français mais investit fortement dans le secteur industriel. Le Crédit Lyonnais devient un acteur majeur de l’industrie. Le scandale de la MGM en sera l’un des points les plus criants.

En 1992, le Crédit Lyonnais est mandaté pour organiser la vente d’Adidas pour le compte de Bernard Tapie.L’affaire est juteuse pour le Lyonnais, mais d’autres affaires le sont bien moins. Le Crédit Lyonnais est en déconfiture financière et en 1995, une structure est créée pour gérer le passif de la banque. Le CDR ou Consortium de Réalisation voit le jour et aura pour objectif de liquider le passif provenant du Crédit Lyonnais et transféré au sein de la CDR. Un total de 28,3 milliards d’euros ont été transférés du Crédit Lyonnais au CDR. Le CDR se retrouve donc à gérer entre autres litiges, le conflit Adidas / BTF. La structure du CDR est chapeautée par l’EPRF, un établissement public, destiné à refinancer le CDR au fil des ventes des actifs. Cette opération permettra au Crédit Lyonnais d’afficher un bilan bien plus sain, et d’éviter la faillite. Lors de la création du CDR, une clause de retour à meilleure fortune avait été conclue. Ainsi en cas de bénéfices, le Crédit Lyonnais devait reverser 30% de ces derniers au CDR, et ce jusqu’au 2014. Cette clause qui permettait au CDR d’obtenir de nouveaux financements fut finalement rachetée en 1998 pour préparer la privatisation du Crédit Lyonnais en contrepartie d’une augmentation de la part du capital détenue dans le Crédit Lyonnais par l’Etat de l’ordre de 8%. L’abandon de cette clause a toutefois définitivement condamné le CDR à n’être qu’une structure chroniquement déficitaire, financé par l’EPRF, lui-même subventionné par l’Etat.



Finalement à la fin des années 90, le Crédit Lyonnais sera partiellement privatisé pour l’être définitivement en 2003 avec une reprise par le groupe Crédit Agricole. Depuis le Crédit Lyonnais a changé de nom et se nomme LCL.

Le Crédit Lyonnais condamné


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Le tribunal arbitral a donc condamné le CDR qui dépend indirectement de l’Etat via l’EPFR. Le contribuable payera donc indirectement cette amende comme il a déjà payé pour l’affaire Executive Life de la même banque, le Crédit Lyonnais. De part le caractère nationalisé de la banque lors des affaires, c’est donc à l’Etat de payer ces amendes. Le contribuable français a été mis fortement à contribution pour pallier aux pertes abyssales du Crédit Lyonnais.

L’Affaire Adidas n’est qu’un épisode de plus de l’aventure industrielle du Crédit Lyonnais. La gestion de la banque au lion par Jean-Yves Haberer est d’ailleurs souvent mise en avant pour étudier les dérives des entreprises publiques.