Affaire Kerviel / Société Générale : les fausses bonnes idéesL'Affaire Jérôme Kerviel / Société Générale a une nouvelle fois démontré les lacunes que la France pouvait avoir en matière de formation économique et financière. Bien peu de personnes comprennent le fonctionnement des marchés boursiers, et encore moins le fonctionnement des marchés dérivés, ce qui ne va pas sans alimenter les rumeurs, les chimères et autres théories du complot. Les politiques ne sont pas en reste et multiplient les petites phrases totalement erronées.



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Voici un recueil de petites phrases trouvées sur Internet et qui méritent quelques explications de textes.

1. La Société Générale n'aurait pas du vendre si tôt !
Il semblerait que Jérôme Kerviel, au moment où il a été mis à pied, le dimanche, n'ait pas provoqué directement cette moins-value. L'essentiel de la perte ayant été générée lors de la revente. En effet, la revente a eu lieu durant une période très troublée avec un CAC 40 qui perdait plus de 4%.
Oui mais voila. La Société Générale n'avait pas le choix et se devait de vendre cette position de 50 milliards. Si la Société Générale avait souhaité conserver cette position, elle aurait dû de toute façon verser chaque soir un appel de marge. Cet appel de marge correspond à la perte enregistrée dans la journée.
De plus si la Société Générale avait conservé cette position, elle risquait très clairement la faillite. "Tant qu'on n'a pas vendu, on n'a pas perdu" est faux dans le cadre d'une société et encore plus dans le cadre de marchés dérivés.

2. 4,82 milliards disparus alors qu'en France on meurt de froid
En réalité sur les marchés dérivés, il s'agit d'un jeu à sommes nulles. Celui qui perd, fait gagner à d'autres. Bref, Jérôme Kerviel a permis à de nombreux traders de se faire de jolies plus values sans le vouloir. Aucun argent ne s'est donc évaporé, il a juste été transféré.

3. C'était son travail de spéculer, il n'a fait que son travail
Plus précisément son travail était d'arbitrer. Il devait acheter des contrats et revendre des contrats quasi similaires pour empocher la différence. De plus, il ne pouvait dépasser un certain montant de positions. Spéculer est un art, et la gestion des risques en est une composante essentielle.

4. Si il avait gagné, la Société Générale aurait caché l'affaire
Des traders qui prennent des positions en dehors de toute gestion des risques, cela existe. Des traders qui gagnent de l'argent ainsi, cela existe aussi. Mais les banques n'hésitent pas à licencier un salarié qui a volontairement transgressé les règles internes de contrôle de gestion. Une banque connaît les risques, et gagner beaucoup en prenant beaucoup de risques, implique quasi certainement que l'on peut perdre beaucoup.
C'est d'ailleurs sans doute pour cela qu'il a déclaré un gain de 55 millions d'euros pour 2007 contre plus d'un milliard en réalité. Il savait qu'un gain d'1 milliard ne pouvait s'expliquer par de simples opérations d'arbitrage.

5. Jérôme Kerviel est un bouc émissaire et cache une autre affaire
Quand on ne maîtrise pas un sujet, on a tendance à aller chercher les solutions les plus abracabrantesques. Pensez-vous que la Société Générale ait affiché partout qu'un de ses traders a cassé tous les codes de sécurité interne dans un domaine que la Banque est sensée totalement maîtriser, pour cacher une perte de 5 milliards supplémentaires dans les subprimes ? Pensez-vous qu'une banque préfère perdre toute crédibilité pour cacher une crise que toute banque a ? La crédibilité est essentielle et vaut bien plus dans le secteur bancaire que 5 milliards.

6. La Société Générale a provoqué le krach de lundi
La forte baisse du lundi 21 janvier venait de l'Est et plus précisément d'Asie. Les marchés asiatiques se sont effondrés bien avant que le moindre contrat détenu par la Société Générale ne soit vendu. De plus, au vu de la chronologie des faits, la Société Générale a tout fait pour éviter que la vente de la position de 50 milliards déséquilibrent le marché. Dès le mardi, alors que la SG continuait à céder ses positions, le CAC 40 et les marchés européens reprenaient des couleurs.

7. La vente de cette position a provoqué la baisse du taux directeur de la Fed
La forte correction de la semaine du lundi 21 janvier est dûe à un plan de relance des Etats-Unis très peu apprécié et à la crise des subprimes. Une position de 50 milliards peut sembler importante mais elle reste très minime au niveau international.

8. La Société Générale n'aurait pas du en parler
La Société Générale a agi avec beaucoup de précaution dans ce domaine. Contrairement à la Banque Baring's où l'affaire s'est fait connaître avant la revente de la position, la SG a cédé l'ensemble des positions avant de de déclarer la perte aux actionnaires lors d'une conférence de presse.

Bref, tout un tas d'idées reçues qu'il convient d'expliquer pour démontrer qu'elles sont fausses.

En savoir plus :
- Jérôme Kerviel ou l'histoire d'un trader
- Biographie de Daniel Bouton
- Biographie de Nick Leeson
- Les plus fortes pertes liées au trading


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