Si la vie de Nick Leeson avait été scénarisée, elle n'aurait jamais été crédible. Né le 25 février 1967, ce fils de plâtrier s'oriente dans des études d'histoire et de littérature. Après ses études, il devient employé de bureau auprès de la Coutts & Company, une banque privée. Après deux ans, il s'installe dans le fauteil d'assistant d'opérations chez Morgan Stanley UK. Il apprend et se forge une expérience qui lui servira pour la suite de sa carrière.



Rapidement, il comprend que l'Asie va devenir l'un des poumons financiers de la planète. En 1990, il part à Singapour où il se mariera en 1992. Nick Leeson sera alors chargé de remettre de l'ordre dans la comptabilité de la filiale de la Baring's, et de recouvrer une partie des créances. Il se fait alors remarquer par le siège social.

En quelques années, Nick Leeson devient l'homme du SIME (Singapore International Monetary Exchange). Il est chargé pour le compte de clients de la Baring's de passer les ordres et de procéder à des opérations d'arbitrage. Ce type d'opérations ne génère que quelques pourcents au mieux. Mais au fil du temps, Nick Leeson engrange les bénéfices pour le compte de la Baring's. Cette vénérable institution profite de cette manne et verse de confortables commissions à Nick Leeson et à ses équipiers. La banque ne cherche pas précisément à connaître la façon dont Nick Leeson trouve des clients ou encore sa façon de travailler pour obtenir de tels résultats.

Selon Nick Leeson, une erreur de manipulation d'un de ses salariés l'oblige à créer un compte Pertes. Selon lui, ses assistants n'avaient pas les compétences nécessaires pour exercer suffisamment professionnellement. La Baring's ne mettait pas à sa disposition un budget de recrutement suffisant, malgré les bénéfices engendrés par ses activités. Les pertes réalisées par lui et son équipe seront centralisées dans ce compte. Nick Leeson l'appelle le compte 88888. Le chiffre 8 est un chiffre porte-bonheur en Asie.

Après avoir cumulé quelques pertes sur le compte 88888, il décide de spéculer sur les marchés pour renflouer ce compte. Il y arrive assez facilement et continue d'afficher de forts bénéfices. Le principe est simple. Il vend des puts. Obtient en contrepartie de l'argent qui comble le compte 88888, mais prend le risque de voir le marché chuter. Dans un premier temps, le marché suit la tendance qu'il prédit, et il comble les pertes du compte 88888.

Une perte nouvelle apparaît suite à une nouvelle erreur d'un salarié. Nick Leeson réactive le compte 88888 mais les pertes continuent à s'accumuler. Il décide à nouveau de spéculer sur les marchés pour combler le déficit... mais la chance n'est plus avec lui. Les pertes s'accroissent et Nick Leeson a besoin de plus en plus de capitaux afin de répondre aux appels de marge des autorité de marché. Sa position sur le marché devient gigantesque. Baring's lui fournit ces capitaux sans être trop regardant. Il ne cherche pas à connaître les clients inventés de Nick Leeson pour justifier ses besoins en capitaux. Ses positions augmentent continuellement et les pertes s'accumulent sur le compte 88888. Plus il perd de l'argent, plus il augmente ses positions pour essayer de combler ses pertes.

Un audit de la Baring's est proche de tout découvrir... mais l'auditeur passe à côté du compte 88888. Les pertes continuent de s'accumuler. Nick Leeson lui même ne comprend pas comment cet auditeur a pu rater ce compte.

Nick Leeson se trouve à la fois short (vendeur) sur les taux d'intérêts, et long (acheteur) sur l'indice japonais. Plus le Nikkei baisse, plus il perd de l'argent. Nick Leeson a tout misé sur une hausse du Nikkeï. Malheureusement pour lui, et pour la Baring's, le tremblement de terre de Kobé au Japon ne fera qu'accentuer les pertes. Le séisme de Kobé a eu lieu le 17 janvier 1995 et les pertes deviennent incontrôlables. Nick Leeson décide de jouer sa dernière carte : un rebond du marché après cette forte baisse. Pour se faire, il prend une position intenable sur le marché en cas de nouvelles baisses. C'est finalement ce qui se produit. Le marché ne rebondit pas, et les appels de marge deviennent bien trop élevés.

Ses pertes ne sont plus masquables. Il décide de s'enfuir avec sa femme qui n'est encore au courant de rien. Sa disparition et ses pertes ne sont pas décelées de suite. Un long week end passe. Les pertes continuent à augmenter sans qu'il ne soit plus aux commandes. Il sera arrêté le 2 mars 1995. Il craignait la justice de Singapour. L'Angleterre ne refuse pas l'extradition, et Nick Leeson sera condamné à une peine de 6 1/2 ans dans les prisons de Singapour.

Il profite de ce séjour forcé pour écrire ses mémoires "Rogue Trader" d'où sera tiré un film, où son rôle sera interprété par Ewan McGregor. Il sort de prison en 1999 après qu'on est décelé chez lui un cancer du colon.

Jusqu'en 2005, Nick Leeson disparaît de la scène médiatique. En avril 2005, il réapparaît en tant que directeur commercial d'un club de football "Galway Football Club" (République d'Irlande). Il est aujourd'hui très demandé pour participer à des conférences.

Nick Leeson a conduit la Baring's à la faillite avec une perte de 1,3 milliards d'euros. Il détenait une position short de 20 milliards de dollars, et une position longue de 7 milliards de dollars. Baring's, créée 223 ans plus tôt, est rachetée le 6 mars 1995 par ING pour 1£ symbolique. ING injectera immédiatement 610 millions de livres dans cette banque dont les pertes sont estimées à 916 millions de livres.

Depuis lors, les contrôles des activités de trading se sont renforcés mais sans réelle efficacité quand on voit la perte de la Société Générale lors de l'Affaire Kerviel quelques années plus tard.