Mis sur le devant de la scène dans les frimas de l'hiver 2008, Jérôme Kerviel est l'un des symboles d'un système capitaliste qui a pêché par excès de confiance et de démesure dans les premières années du XXIème siècle. Son nom risque d'être inscrit durant des décennies à côté de celui de la Société Générale.



Né le 11 janvier 1977 à Pont l'Abbé, en Bretagne, Jérôme Kerviel n'est pas issu d'une famille aisée, mais il trouve dans les études une porte d'accès au monde de la finance. Toutefois, il est loin de suivre le parcours idéal pour devenir trader. En 1995, son Bac ES en poche, il obtient un DEUG de Sciences Eco à Quimper avant de se diriger vers une licence IUP Banque et Finance à l'Université de Nantes. Jérôme Kerviel poursuivra avec un DESS Finance en alternance (4 mois en cours, 8 mois en entreprise, dont 6 mois en stage au sein de BNP Arbitrage). Les traders sont aujourd'hui recrutés sur la base de diplôme d'écoles supérieures ou de mastères très réputés. Son Mastère en Finance, Spécialité Management des Opérations de Marché, en poche, option Assez Bien, il intègre la division Banque d'investissement et de financement du groupe Société Générale, à savoir SG CIB, en août 2000. Il a mis le premier pas dans le système.

Jérôme Kerviel travaille ainsi pour le back et le middle-office durant cette période. Il y apprend les rouages des contrôles financiers, et met en pratique les connaissances acquises lors de ses formations. Mais son ambition est ailleurs. Ce passionné de voile et de judo ne souhaite plus contrôler mais opérer sur les marchés. Et c'est chose faite en 2005. Jérôme Kerviel intègre le prestigieux Desk DEAI pour Dérivés Actions Indices, de la Société Générale. Il travaille énormément mais il est loin d'afficher d'excellentes performances. Ainsi ses bonus de fin d'année atteignent difficilement les 100.000 euros, ce qui le met loin des bonus à 8 chiffres des meilleurs traders.

A la fin de l'année 2007, Jérôme Kerviel qui arbitre les contrats à terme sur indices boursiers, souhaite faire gagner plus d'argent à son employeur, la Société Générale. Il prend ainsi des risques démesurés sur les marchés en prenant des positions de plusieurs dizaines de milliards d'euros en contournant l'ensemble des règles de contrôles, qu'il connait pour les avoir pratiqué pendant plusieurs années. La Société Générale fixe en effet un cadre clair à ses opérateurs. Ces derniers ne doivent pas prendre de positions supérieures à certaines limites. Les limites sont fonction de chaque trader. Un trader pourra ainsi être exposé à un risque dix fois plus élevé qu'un autre. Jérôme Kerviel ne respecte pas ses plafonds, et met en place des écritures comptables destinées à masquer ses positions. Ses trades fonctionnent un temps.

Mais le 24 janvier 2008, la Société Générale réunit la presse pour annoncer une fraude de quelques 4,82 milliards d'euros provoquée selon eux par Jérôme Kerviel.  Le jeune trader est porté aux nues par de nombreux internautes et de particuliers qui voient en lui le Robin des Bois de la Finance moderne. D'autres au contraire, parmi les actionnaires de la Société Générale, n'y voient qu'une personne qui a manipulé le système à son profit.

Il est condamné en octobre 2010 à une peine de 5 années de prison, dont 3 ans ferme, et à ... 4,9 milliards d'euros au titre des dommages et intérêts. Il fait appel de la décision. Jérôme Kerviel et ses avocats mettent en avant les graves dysfonctionnements des contrôles de la Société Générale. Mais le mercredi 24 octobre, sa peine est confirmée par la Cour d'appel. Aucun mandat de dépôt n'est toutefois délivré à l'issue du procès.