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La folie de l'Internet a frappé à la porte de la Bourse de Paris dès la fin des années 90, début des années 2000. Les introductions de valeurs du Net étaient monnaie courante et chacun souhaitaient profiter de ce nouveau jackpot. Après l'introduction du portail Multimania qui a vu son cours exploser dès le premier jour de cotation, l'introduction de Liberty Surf était très attendue en mars 2000. Le climat était certes déjà moins favorable aux entreprises de la Net Economy mais les valorisations exprimaient encore d'excellentes perspectives de croissance. Internet était encore cet eldorado tant recherché par les investisseurs.
Introduite à 41 euros, Liberty Surf a clôturé sa première séance à 53,15€ (+29,63%). Le titre atteint rapidement un plus haut à 79€, soit une valorisation de 6,8 milliards d'euros. Plusieurs milliards pour un fournisseur d'accès en devenir dont les revenus étaient infiniment plus bas. Mais au fil des mois, les mauvaises nouvelles s'accumulent sur les valeurs de la Net Economy. Les investisseurs découvrent que la plupart des prévisions sont surréalistes, et que la valorisation des sociétés ne reposent que sur bien peu de choses. Le titre lui fera finalement l'objet d'une offre de rachat par Tiscali à un cours de 9,83€, bien loin du cours d'introduction. Bons nombres d'actionnaires ont profité de l'occasion pour prendre leurs pertes sur le titre. Il est difficile de prendre ses plus-values en cas de hausse, mais il est aussi tout délicat d'accepter ses pertes. C'est le cas de Xeros, qui nous explique son comportement vis-à-vis du fournisseur d'accès Liberty Surf, symptomatique de cette période. Xeros : J’ai toujours été fasciné par le milieu financier. Dès mon plus jeune âge je restais scotché devant la télé en regardant les résumés de séances faits par André Théron après le JT (on peut d’ailleurs douter de la culture financière des français quand on voit que ce type d’émission n’existe plus). J’ai commencé à investir vers l’âge de 16 ans dans des SICAV monétaires, à leur âge d’or, puis dans des SICAV diversifiées. Je précise toutefois que je n’investis que sur les marchés actions et obligataires. Je n’utilise que très rarement les leviers, jamais de warrants ou de VAD. J’ai en générale toujours une structure de portefeuille qui consiste à avoir 30% de liquidités et le reste est investi. A l’époque de l’introduction de Liberty Surf je commençais tout juste à travailler, j’avais donc de nouvelles sources de revenus et pas de projet à long terme. Nous étions en pleine vague internet et je suivais évidemment comme tout le monde les valeurs de ce secteur. Au tout début de la vague, j’avais intégré pour un stage un service de banque d’affaires qui intervenait dans le non-côté. Je me souviens que nous avions étudié la notice d’information qui concernait l’introduction d’une société d'e-commerce, et il faut bien avouer que déjà à cette époque les valorisations étaient démentielles. Il faut dire qu’à cette époque, l’unique variable qui faisait le cours était la croissance de l’activité et ce en-dehors de toute notion de rentabilité. Mais la hausse généralisée a eu raison de mes réticences. Et j’ai investi dans cette valeur qui à l’époque pouvait paraître comme une alternative crédible à France Telecom. En effet, derrière il y avait Bernard Arnault et une campagne de publicité qui détonnait. Comme pour les autres titres, je suivais mon portefeuille quotidiennement. Je n’ai pas eu à me plaindre de cette introduction dans un premier temps (ndlr : le tite s'est envolé dans les premiers jours de cotation). La chute du titre s’est effectuée en deux temps. Mais il faut bien dire que le titre a chuté presque immédiatement. Je n’ai pas voulu voir les choses en face, lorsque le titre a décroché subitement à 24 € je me suis même renforcé. C’est alors que les premiers articles critiques sur cette société ont paru et que je me suis interrogé sur la valeur réelle de l’entreprise. Il faut bien dire que celle-ci était nulle et que l’offre de Tiscali a été pour moi une solution de sortie. J’ai encaissé la prime et vendu les titres Tiscali. Je suis beaucoup moins sensible aux mouvements de mode. Par exemple en ce moment, je suis investi en totalité sur le marché actions qui est à mon sens totalement sous-valorisé comparativement à d’autres actifs comme les matières premières et surtout l’immobilier. J’ai une vision beaucoup plus contra-cyclique. Liberty Surf n’aurait jamais dû être introduite surtout à cette époque dans le contexte de chute des cours des valeurs high tech. Mais, si l’introduction a bien fonctionné, c’est sans doute qu’elle a été bien préparée et Bernard Arnault doit pouvoir remercier ses conseils ! Simplement la COB (ndlr : ancien nom de l'AMF) n’a sans doute pas joué son rôle quand elle a accepté que Liberty Surf soit cotée sur le premier marché (ndlr : Liberty Surf a été introduite malgré l'absence de deux ans de bilans. Le Premier Marché a depuis été fondu dans l'Eurolist d'Euronext). Je m’étonne d’ailleurs qu’aucune poursuite juridique n’ait été lancée. C’est une question difficile. Je pense qu’il faut connaître de telles mésaventures pour pouvoir prétendre avoir de l’expérience. La chance que j’ai eu à cette époque, c’est de n’être investi en valeur technologique qu’à hauteur de 40% de mon portefeuille et non à 100% comme certains. J’avais en fonds de portefeuille des valeurs comme Renault, Total, Aventis ou L'Oréal qui m’ont permis de limiter la casse et de ne pas tout perdre. Je connais des personnes qui ne se sont toujours pas remis de ne pas avoir vendu leurs titres France Telecom à 220 € ! De plus, je pense qu’il faut éviter les small caps. Ce n’est pas à la bourse de financer des entreprises en création mais au capital-risqueurs. J’évite dorénavant ce type de titres tant qu'ils n'ont pas fait leur preuve. J’investirais par exemple volontiers sur Belvedere, mais sans doute pas sur certaines valeurs dites technologiques du nouveau marché (ndlr : ancien marché désignant le marché des valeurs de croissance. Il a été intégré à l'Eurolist d'Euronext) qui n’ont jamais dégagé de résultat significatif ou qui ont une structure financière plus que tendue. Nous remercions Xeros pour ses réponses pertinentes et pleines de sagesse. Propos recueillis en 2004 En savoir plus sur
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