Analyse fondamentale


Les marchés financiers sont-ils compatibles avec une gestion saine ?

Mercredi 22 Novembre 2000 : le groupe Danone annonce son intention de racheter pour 14 à 15 milliards de dollars, Quaker Oats, géant américain de l'agroalimentaire. Cette acquisition financée en grande partie par des actions Danone, permettra au groupe français d'accroître son chiffre d'affaires de 4,72 milliards de dollars.

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Le lendemain, Franck Riboud, président de Danone, annonce l'arrêt de toute négociation avec Quaker Oats.
Le 5 Décembre, Pepsico s'offre Quaker Oats pour 13,4 milliards de dollars.

Ce revirement fut brutal. D'autant plus brutal que les sommes en jeu étaient plus que conséquentes.

Le rachat de Quaker Oats était-il rentable pour Danone ?


Le rachat de Quaker Oats aurait eu des effets défavorables à court terme. TOut comme la plupart des opérations financières d'envergure. Ainsi les ratios financiers se seraient dégradés et les actionnaires du groupe Danone auraient vu leur participation diluer. A cela s'ajoute les problèmes classiques, tels que l'intégration de la société cible dans Danone. Il peut être difficile d'intégrer une société à un groupe déjà formé. De la direction au plus simple salarié, le rouage d'une fusion est complexe tant financièrement qu'humainement.

Mais à long terme, l'opération Quaker Oats, était plus qu'intelligente :
accroissement de la présence commerciale du groupe sur le continent nord-américain. S'implanter aux Etats-Unis est une opération forcément coûteuse. Les barrières à l'entrée sont fortes, et les percer à un coût;
4,72 milliards de dollars de chiffre d'affaires en une seule opération;
un portefeuille de marques célèbres dont la boisson Gatorade;
les cibles potentiels du secteur agroalimentaire se font rarissimes;

Les raisons justifiant ce rachat étaient donc nombreuses et plus qu'intéressantes.

Alors pourquoi avoir fait marche arrière ?


A l'annonce du rachat éventuel de Quaker Oats, le titre Danone perdait plus de 10% faisant chuter la capitalisation boursière du groupe de 2,2 milliards d'Euros. Les analystes financiers ne voyaient dans cette opération qu'une dégradation à court terme des ratios et notamment le bénéfice net par action. Les investisseurs ont donc vendu massivement l'opération. Plus de 2,5 millions de titres ont ainsi changé de mains en une séance.

Franck Riboud décide donc de faire marche arrière rapidement et annule son opération. Les desiderata à court terme des marchés financiers ont mis fin à une volonté expansionniste d'un groupe multinational. Ce recul laisse à penser que le groupe Danone n'aurait peut être pas atteint une telle voilure en étant coté en bourse dès sa création.

Les dernières opérations


Danone ne fut pas le seul groupe à subir le contrecoup financier de décisions stratégiques intéressantes à long terme mais défavorables à court terme. Le titre Infogrames a ainsi vu son cours plonger de 10% après l'annonce du rachat du pôle interactif du géant Hasbro, le 7 décembre 2000. Bruno Bonnell, président d'Infogrames, a vivement réagi à la chute du cours du titre. Il explique sa décision par le portefeuille exceptionnel de licences du groupe Hasbro et par le prix : 100 millions de dollars. Malheureusement les ratios à court terme du groupe en seront affectés, et les marchés financiers lui font ressentir très clairement.

L'explication


Les opérations de rachats ont le plus souvent des incidences importantes sur les finances des entreprises. Il est bien rare que les ratios des deux entreprises soient similaires. Certaines sont plus rentables que d'autres. D'autres nécessitent une restructuration importante. A ces différences, le prix de rachat est rarement fixé pour des raisons uniquement financières. De fait, même des ratios financiers peuvent influencer les ratios à court terme de l'entreprise acheteuse.

l'endettement : si le rachat est financé par voie d'endettement, le ratio Dettes/Total du bilan augmentera à court terme. Cet endettement créera une hausse des frais financiers qui dégradera la rentabilité financière du groupe. De plus, l'entreprise s'engagera le plus souvent à réduire rapidement une part de ce nouvel endettement en cédant des actifs non stratégiques. Dans tous les cas, une hausse des dettes trop élevée, peut conduire à réduire considérablement la marge de manoeuvre de l'entreprise dans l'avenir;

la dilution : si le rachat est financé par des actions, dans le cadre d'une OPE, les actionnaires de la société cible recevront des actions de l'acquéreur en échange de leurs titres. Autrement dit le nombre de titres du nouveau groupe s'en verra grandement augmenté et le poids des anciens actionnaires diminuera. Ce type d'opérations est courante. Deux sociétés du même secteur voient souvent le cours de leurs titres évoluer parallèlement. De fait, il est moins coûteux d'émettre de nouvelles actions pour acquérir la société cible que de s'endetter pour verser du cash aux actionnaires de la société cible. Cette hausse du nombre d'actions en circulation va naturellement réduire le poids de chaque ancien actionnaire dans le nouvel ensemble. Cette dilution est d'autant plus forte que le nombre d'actions à émettre est élevé;


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le Bénéfice Net Par Action (ou BNPA) : la plupart des entreprises cibles dispose de ratios financiers différents des ratios financiers de l'acquéreur. L'opération va donc modifier le bénéfice net par action du nouvel ensemble. Cette évolution peut n'être qu'à court terme, ou à plus long terme. Tout dépend du montant de l'opération par rapport à la valorisation de la société acheteuse. Il est fréquent qu'à très court terme, le BNPA chute, ne serait-ce que pour financer l'endettement, mais à long terme, les opérations prévoient le plus souvent une hausse du BNPA.

Le cours de bourse permet d'observer la perception qu'ont les marchés d'une société mais en aucun cas, il ne reflète la véritable valeur de l'entreprise, la valorisation "stratégique". Cette différence peut s'observer lors d'opérations. Ainsi, la valeur de rachat d'une société cible peut être nettement supérieure à sa valeur boursière.


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