Analyse fondamentale


Actionnariat et stratégie : un couple uni ?

La stratégie d'un groupe peut être influencée de diverses façons. Ainsi le contexte économique est souvent un facteur de changement de stratégie. Il en est de même avec la qualité de la direction ou bien encore des évolutions juridiques. Toutefois, un aspect important de la stratégie d'un groupe est conditionné par l'actionnariat dudit groupe. Un groupe dont les actionnaires sont constitués de fonds de pension n'aura pas les mêmes objectifs qu'un groupe à dominante familiale. Ces objectifs, de rentabilité notamment, influent directement sur la stratégie de l'entreprise.



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Nous présenterons ci-dessous les différents types d'actionnariat (familial, salarié, particulier, financier, industriel, public) et les stratégies qu'ils impliquent le plus souvent.

Sommaire

  1. Actionnariat familial
  2. Actionnariat salariés
  3. Actionnariat particulier
  4. Actionnariat financier
  5. Actionnariat industriel
  6. Actionnariat public

Actionnariat familial


Les plus grands groupes familiaux en France proviennent le plus souvent de leaders du XIXème et XXème siècle. Un des groupes familiaux les plus connus en France est sans conteste Michelin qui a su conserver un contrôle familial fort malgré sa présence en bourse.


Un proverbe courant est : "la fortune est créée par le grand père, développée par le père et dilapidée par le fils". Cette maxime est souvent la hantise des actionnariats familiaux. Leur objectif prioritaire est donc le plus souvent de pérenniser l'entreprise et de la transmettre à leurs enfants. Les stratégies induites sont donc prudentes. Il est rare qu'un groupe familial installé modifie brutalement son core business. Ainsi le groupe BSN a mis plusieurs dizaines d'années pour abandonner le verre et devenir leader dans l'agro-alimentaire.

Les changements de direction s'opèrent en amont. Les successeurs potentiels sont formés au sein de l'entreprise et en ont une grande connaissance et la succession est réfléchie et préparée à l'avance. Les successions sont souvent synonymes de continuité et non de changement.
Le décès du dirigeant peut ainsi poser de nombreux problèmes si le successeur n'a pas encore fait ses armes au sein de la société.


Actionnariat salariés


Beaucoup d'entreprises en difficulté se tournent en priorité vers leurs salariés pour sauver la situation. Ainsi il n'est pas rare que des salariés décident de racheter leur entreprise dans le but de sauver leur emploi. Cette opération, appelée R.E.S., va conditionner la stratégie du groupe durant de nombreuses années. Ainsi, l'objectif principal n'est pas la rentabilité court terme à tout prix, mais la sauvegarde du maximum d'emplois et leur développement. Il est rare que les termes délocalisations ou licenciements soient bien vus par ce type d'actionnariat salariés.
Cette volonté à tout crin de pérenniser les emplois risquent toutefois de fragiliser le groupe à cause de sa faible rentabilité. Une faible rentabilité implique de faibles marges de manœuvres. A la moindre défaillance d'un client, l'entreprise peut rapidement sombrer. Toutefois, certains R.E.S. ont été couronnés de succès.


De nombreuses associations se sont créées pour défendre les intérêts des actionnaires salariés ou retraités de certaines entreprises, telles que France Telecom, Thalès, Bull, etc.


Actionnariat particulier (petits porteurs)


L'actionnariat des particuliers ou des petits porteurs est un actionnariat beaucoup plus stable que ce que l'on pourrait penser. Beaucoup de particuliers sont attachés à la notion d'investissement à long terme, bien plus en tout cas que les fonds de pension qui peuvent vendre un titre du jour au lendemain. Le particulier est donc par essence un investisseur à long terme (sociétés privatisées par exemple).
Toutefois il a deux objectifs contradictoires. D'une part, le particulier est souvent un salarié au sens large. Il est par nature contre les délocalisations mais il est pour une rentabilité relativement forte de son investissement. Il doit donc sans cesse arbitrer entre rentabilité forte et emploi.
Le problème de l'actionnariat particulier réside dans son manque de poids. Les associations de "petits porteurs" n'arrivent à avoir que peu de poids, et les affaires Eurotunnel sont bien rares pour que ces derniers puissent avoir un réel pouvoir dans les entreprises. Le plus souvent, c'est l'actionnaire le plus important qui dicte sa stratégie à la direction. Les petits porteurs, malgré leur poids, ne sont pas suffisamment unis pour véritablement peser.


Actionnariat financier (fonds de pension)


La bête noire et la cause de nombreux dysfonctionnements économiques selon certains : les fonds de pension. Mais qu'est-ce-qu'un fonds de pension ? Il s'agit tout simplement des cotisations de retraite de plusieurs dizaines de millions de personnes (souvent américains). Au lieu de cotiser chaque année pour payer la retraite des retraités actuels, les américains cotisent maintenant, pour leur propre retraite. Ces fonds de pension ne sont pas exempts de défauts : les sommes qu'ils manipulent sont tellement considérables qu'ils peuvent influer sur un titre ou un marché durant plusieurs années.


L'objectif principal du fonds de pension n'est pas de soutenir les groupes dans lesquels ils investissent, ni de pérenniser l'emploi, l'objectif n°1 est : REN-TA-BI-LI-TE, et souvent rentabilité à court terme. Ce sont eux qui au fil du temps ont imposé leurs objectifs aux stratégies des plus grands dirigeants de la planète. Ils peuvent facilement faire échouer des OPA à but industriel uniquement car la rentabilité à court terme ne sera plus garantie. Toutefois, ils sont aussi synonymes de changement dans certains stratégies sclérosées et datant d'un autre siècle. Beaucoup de groupes se sont ainsi restructurés pour paraître plus attractif pour les fonds de pension.
Le fond de pension ne se soucie pas des délocalisations. Il pense de façon global. C'est ce qui est souvent reproché aux fonds de pension : privilégier la rentabilité court terme à l'emploi ou à la rentabilité à long terme.


Actionnariat industriel


L'actionnariat industriel n'est par nature pas un actionnariat majoritaire. S'il l'était, l'entreprise deviendrait filiale. Toutefois, il n'est pas rare d'observer un actionnariat stable et solide chez certains grands groupes provenant d'entreprises agissant dans le même secteur d'activité. La prise de participation de Renault dans Nissan en est un exemple flagrant. Les deux groupes ont profité de cette prise de participation (qui a augmenté au fil des années) pour perfectionner leurs méthodes de management et leur système de production. On parle de relation gagnant-gagnant ("Win-Win"). Chacun des deux acteurs bénéficient du savoir-faire de l'autre. Ces accords industriels souvent conditionnés par des prises de participations réciproques permettent souvent aux entreprises de faire de véritable bond en avant et de façon plus progressive qu'un rachat pur et simple qui peut être mal ressenti par le personnel et l'environnement externe des deux entreprises.


Actionnariat public


En France, il reste encore bons nombres d'entreprises liées directement ou indirectement à l'Etat (France Telecom : forte participation de l'Etat; EDF-GDF, SNCF : contrôlé directement par l'Etat). L'Etat réagit différemment en fonction du type d'entreprises concernées. Ainsi une entreprise telle que la SNCF n'a pas vocation à court terme à être introduite en bourse, même partiellement. L'objectif poursuivi étant principalement une mission de service public.


Des entreprises qui appartiennent à un champs concurrentiel plus important (France Telecom) ont fait ou font leur apparition en Bourse, surtout pour trouver de nouvelles sources de financement. L'Etat ne voulant plus servir de pourvoyeur à vie de fonds.


L'actionnariat public permet donc à certains groupes de se développer (EDF-GDF) et de développer des technologies que l'espérance de rentabilité à court terme des fonds de pension n'aurait pas permis de développé. Toutefois, les entreprises publiques ou assimilées affichent un manque cruel de capitaux qui à plus ou moins court terme condamnent inévitablement les investissements (objectif initial).



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La position de l'Etat est donc ambiguë et la stratégie des dites entreprises dépend non pas de son actionnariat mais du groupe lui même. On observera toutefois que la recherche de rentabilité à moyen terme est devenu prioritaire dans certains domaines.



Découvrez ci-dessous un récapitulatif des différents types d'actionnariat et objectifs poursuivis :


familialsalariéspetit
porteur
financierindustrielEtat
Emploi+++++--neutre+
Rentabilité CTneutre--+++neutre--
Rentabilité LT++++++++
Risque d'OPA----++++---
Politique de dividende---++neutre--
Structure bilantiellecapital
++
dettes
+
neutreneutreneutreneutre
Rémunération dirigeants---++++--
Cotation en bourseneutre--+++++neutre


L'actionnariat est donc une pierre angulaire de la stratégie du groupe. Un actionnaire recherchera un profit maximum alors qu'un autre privilégiera l'innovation. Etudiez avec soin la composition de l'actionnariat de l'entreprise dans laquelle vous désirez investir, pour en extrapoler la stratégie.




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